78 versets · Mekkoise et Médinoise · Juzʾ 17 · Du séisme de l'Heure à la religion d'Ibrāhīm
Sourate Al-Ḥajj est la seule sourate du Coran à porter le nom d'un pilier de l'islam — et la seule à contenir deux prosternations de récitation (v. 18 et 77). Elle s'ouvre sur la plus grande des choses, le séisme de l'Heure où la nourrice oubliera son nourrisson, et se ferme sur la plus petite, la mouche que tous les faux dieux réunis ne sauraient créer. Entre les deux, elle s'adresse quatre fois à l'humanité entière — « Ô hommes ! » — sur la résurrection prouvée par l'embryon et la terre morte, sur celui qui adore Allah « sur un bord », sur la prosternation de tout l'univers. En son centre, le pèlerinage : l'appel d'Ibrāhīm, les rites, le sacrifice — et la phrase qui en donne le sens : « ni leur chair ni leur sang n'atteignent Allah, mais votre piété » (v. 37). Elle contient le premier verset autorisant le combat défensif — fondé sur la protection de tous les lieux de culte, monastères et églises compris (v. 39-40) — et l'un des plus beaux versets sur la perception : « ce ne sont pas les yeux qui sont aveugles, mais les cœurs dans les poitrines » (v. 46). Elle se clôt sur la religion d'Ibrāhīm et le nom que Dieu Lui-même a donné aux croyants : « Il vous a nommés musulmans. »
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« Ô hommes ! Craignez votre Seigneur : le séisme de l'Heure (zalzalat al-sāʿa) est chose terrible. » Premier des quatre appels à l'humanité entière de la sourate. Puis l'image (v. 2) : « Le Jour où vous la verrez, toute nourrice oubliera ce qu'elle allaitait, toute femme enceinte déposera son fardeau ; tu verras les hommes ivres — et ils ne seront pas ivres, mais le châtiment d'Allah est dur. » Le Coran choisit le lien le plus indéfectible — la nourrice et son nourrisson — pour dire la terreur : ce que rien ne fait lâcher sera lâché.
« Parmi les gens, il en est qui disputent au sujet d'Allah sans science, et qui suivent tout démon rebelle (shayṭānin marīd) » — premier des trois portraits « parmi les gens, il en est qui… » (v. 3, 8, 11). « Il a été décrété à son sujet : quiconque le prend pour allié, il l'égarera et le guidera vers le châtiment de la Fournaise. » Ironie du verbe : le démon aussi guide — vers le Feu.
Deuxième « Ô hommes ! » — et le plus long verset de la sourate : « Si vous êtes dans le doute au sujet de la résurrection, [sachez que] Nous vous avons créés de poussière, puis d'une goutte, puis d'une adhérence, puis d'un morceau de chair, formé ou informe (mukhallaqatin wa ghayri mukhallaqa), pour vous montrer clairement. Nous maintenons dans les matrices ce que Nous voulons jusqu'à un terme fixé ; puis Nous vous faisons sortir enfant ; puis vous atteignez votre maturité ; certains meurent, d'autres sont ramenés au plus vil de l'âge, pour ne plus rien savoir après avoir su. » Toute une vie en une phrase — puis la seconde preuve : « Tu vois la terre desséchée ; quand Nous y faisons descendre l'eau, elle frémit, se gonfle et fait pousser tout couple splendide. » L'embryon et la terre : deux résurrections quotidiennes.
« Cela, parce qu'Allah est le Vrai (al-Ḥaqq), qu'Il fait revivre les morts, qu'Il est capable de toute chose, que l'Heure vient — sans aucun doute — et qu'Allah ressuscite ceux qui sont dans les tombes. » Cinq conclusions enchaînées par « et que » : la preuve du verset 5 débouche sur une doctrine complète. La formule « cela parce qu'Allah est le Vrai » reviendra au v. 62, en écho.
Deuxième portrait : « Parmi les gens, il en est qui disputent au sujet d'Allah sans science, sans guidance et sans Livre éclairant — tordant la nuque (thāniya ʿiṭfih) pour égarer du chemin d'Allah. » L'image : celui qui détourne la tête avec dédain, le cou plié par l'arrogance — le geste physique du mépris devient l'emblème de l'égarement. « À lui l'ignominie ici-bas, et au Jour de la Résurrection Nous lui ferons goûter le châtiment de la fournaise — voilà pour ce que tes mains ont avancé : Allah n'est pas injuste envers les serviteurs. »
Troisième portrait, le plus fin : « Parmi les gens, il en est qui adorent Allah sur un bord (ʿalā ḥarf) : si un bien l'atteint, il s'en trouve rassuré ; si une épreuve l'atteint, il se retourne sur son visage — il a perdu ce monde et l'autre. Voilà la perte évidente. » Le ḥarf est l'arête, le rebord — l'homme qui se tient au bord de la foi comme au bord d'un précipice, prêt à basculer au premier vent. Sa religion est conditionnelle : tant que ça va. La cause de révélation le montre : des Bédouins venus à Médine, si leur cheval mettait bas et leur femme accouchait d'un fils, disaient « bonne religion » ; sinon, ils repartaient (Bukhārī).
« Il invoque, en dehors d'Allah, ce qui ne lui nuit ni ne lui profite — voilà l'égarement lointain. Il invoque celui dont la nuisance est plus proche que l'utilité : quel mauvais protecteur, quel mauvais compagnon (la-biʾsa-l-mawlā wa la-biʾsa-l-ʿashīr) ! » Gradation : d'abord un dieu inutile (v. 12), puis un dieu nuisible (v. 13). Le mot ʿashīr — le compagnon intime — dit ce que devient l'idole : non un maître lointain, mais une présence qui accompagne et qui ruine.
Contraste (v. 14) : les croyants entrent dans les jardins — « Allah fait ce qu'Il veut. » Puis une image d'une ironie mordante (v. 15) : « Quiconque pense qu'Allah ne le secourra pas ici-bas et dans l'au-delà, qu'il tende une corde vers le ciel, puis qu'il la coupe — et qu'il regarde si sa ruse fait disparaître ce qui l'enrage ! » À celui que la victoire du Prophète ﷺ exaspère : qu'il aille se pendre au plafond, cela n'y changera rien. Le secours d'Allah ne se conjure pas. Verset 16 : « C'est ainsi que Nous l'avons fait descendre en versets clairs — et Allah guide qui Il veut. »
« Ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les Sabéens, les Chrétiens, les Mages et ceux qui associent — Allah tranchera entre eux au Jour de la Résurrection. Allah est témoin de toute chose. » Six communautés nommées, et une seule instance de jugement. Le verset n'assimile pas : il diffère la sentence. Ce n'est pas aux hommes de trancher entre les religions, c'est à Allah — et c'est pour le Jour dernier.
« Ne vois-tu pas que devant Allah se prosternent ceux qui sont dans les cieux et ceux qui sont sur la terre, le soleil, la lune, les étoiles, les montagnes, les arbres, les bêtes — et beaucoup d'hommes ? Et beaucoup, le châtiment leur est dû. Celui qu'Allah humilie, nul ne peut l'honorer. Allah fait ce qu'Il veut. » Toute la création se prosterne, sans exception — sauf l'homme, qui se divise en « beaucoup » qui se prosternent et « beaucoup » qui refusent. Seul être doté du choix, seul être capable de rompre le chœur. Le verset porte le signe ۩ : première sajda de récitation.
« Voici deux adversaires (khaṣmān) qui se disputent au sujet de leur Seigneur. » Abū Dharr jurait que ce verset descendit sur les six combattants de Badr — Ḥamza, ʿAlī, ʿUbayda contre ʿUtba, Shayba et al-Walīd (Bukhārī) — mais il vise toute l'humanité divisée en deux camps. Le sort des premiers (v. 19-22) : « on taillera pour eux des vêtements de feu ; on versera sur leurs têtes de l'eau bouillante qui fera fondre leurs entrailles et leur peau ; et pour eux des masses de fer. Chaque fois qu'ils voudront en sortir, accablés, on les y ramènera : Goûtez le châtiment de la fournaise ! »
Le sort des seconds : « Allah fera entrer ceux qui croient et font le bien dans des jardins sous lesquels coulent les rivières ; ils y seront parés de bracelets d'or et de perles, et leur vêtement y sera de soie. » Aux vêtements de feu répondent les vêtements de soie. Puis (v. 24) une récompense plus subtile : « Ils ont été guidés vers la parole excellente (al-ṭayyib mina-l-qawl), et guidés vers le chemin du Digne de louange. » Avant les parures, la parole : au Paradis, on ne dit que le bon.
« Ceux qui mécroient et écartent du chemin d'Allah et de la Mosquée sacrée — que Nous avons établie pour les hommes, égale pour celui qui y réside et celui qui vient de loin (sawāʾan al-ʿākifu fīhi wa-l-bād) — et quiconque veut y commettre une déviation injuste, Nous lui ferons goûter un châtiment douloureux. » Transition vers le pèlerinage : la Kaʿba n'appartient à personne, pas même à ses gardiens mecquois. Le résident et le pèlerin y ont un droit égal — principe qui condamne d'avance toute privatisation du sanctuaire.
« Et quand Nous indiquâmes à Ibrāhīm l'emplacement de la Maison : ne M'associe rien, et purifie Ma Maison pour ceux qui tournent autour, ceux qui s'y tiennent debout, ceux qui s'inclinent et se prosternent. » Le Ḥajj commence par un ordre de tawḥīd — « ne M'associe rien » — avant tout rite. Et la Maison est définie par ses usagers : les circumambulants, les priants, les inclinés. Elle n'est pas un monument, c'est un lieu d'actes.
« Et appelle les hommes au pèlerinage : ils viendront à toi à pied, et sur toute monture amaigrie (ḍāmir), venant de tout ravin profond (fajjin ʿamīq). » Ibrāhīm, dit la tradition, demanda : « Seigneur, comment ma voix les atteindrait-elle ? » — « À toi d'appeler, à Nous de faire parvenir. » Il monta sur le rocher et appela ; et depuis, chaque pèlerin qui dit labbayk répond à cet appel. Le verset décrit l'arrivée avant qu'elle n'ait lieu : des marcheurs, des montures épuisées par la longueur du chemin, venus de partout.
« Afin qu'ils témoignent de bienfaits pour eux, et qu'ils invoquent le nom d'Allah aux jours connus (ayyāmin maʿlūmāt), sur ce qu'Il leur a attribué de bêtes de troupeau : mangez-en, et nourrissez le malheureux et le pauvre. » Le sacrifice est immédiatement partagé — la bête est pour le pèlerin et pour le pauvre. Puis (v. 29) : « Qu'ils mettent fin ensuite à leur état de négligence (tafath), qu'ils acquittent leurs vœux, et qu'ils accomplissent le tawāf autour de la Maison antique (al-bayt al-ʿatīq). » ʿAtīq — antique, mais aussi affranchie : la Maison qu'aucun tyran n'a jamais possédée.
« Voilà. Et quiconque honore les interdits sacrés d'Allah (ḥurumāt), c'est meilleur pour lui auprès de son Seigneur. » Les bêtes vous sont licites sauf exception, « écartez donc la souillure des idoles, et écartez la parole mensongère (qawl al-zūr) » — l'idole et le mensonge, deux souillures mises sur le même plan. Puis l'image la plus vertigineuse de la sourate (v. 31) : « Purs envers Allah, sans rien Lui associer. Quiconque associe à Allah, c'est comme s'il tombait du ciel : les oiseaux le happent, ou le vent le précipite en un lieu lointain. » Le monothéiste est celui qui a encore un sol ; l'associateur est en chute libre — et ce qui l'attend n'est pas un choix entre deux morts, mais deux façons d'être dispersé.
« Voilà. Et quiconque honore les rites d'Allah (shaʿāʾir Allāh) — cela vient de la piété des cœurs (taqwā-l-qulūb). » Le respect du rite extérieur n'est pas formalisme : il est le signe d'un cœur pieux. Verset 34 élargit : « À chaque communauté Nous avons assigné un rite sacrificiel, pour qu'ils invoquent le nom d'Allah sur les bêtes qu'Il leur a attribuées. Votre Dieu est un Dieu unique — soumettez-vous donc à Lui. Et annonce la bonne nouvelle aux humbles (al-mukhbitīn). » Qui sont-ils (v. 35) ? « Ceux dont les cœurs frémissent quand Allah est mentionné, les endurants dans ce qui les atteint, ceux qui accomplissent la prière et dépensent de ce que Nous leur avons attribué. »
« Les chamelles [du sacrifice], Nous en avons fait pour vous des rites d'Allah ; vous y avez un bien. Invoquez sur elles le nom d'Allah quand elles sont en rang ; puis, quand elles tombent sur le flanc, mangez-en et nourrissez celui qui se contente et celui qui sollicite. » Et le verset qui donne au sacrifice son sens (v. 37) : « Ni leur chair ni leur sang n'atteindront Allah — mais ce qui L'atteint, c'est votre piété (walākin yanāluhu-t-taqwā minkum). » Les Arabes aspergeaient la Kaʿba du sang des victimes : le verset abolit la magie du rite. Rien de matériel ne monte ; seule monte l'intention. « Ainsi vous les a-t-Il soumises, pour que vous proclamiez la grandeur d'Allah pour vous avoir guidés. Annonce la bonne nouvelle aux bienfaisants. »
« Allah défend (yudāfiʿu) ceux qui croient ; Allah n'aime aucun traître ingrat (khawwānin kafūr). » Avant d'autoriser les croyants à se défendre, Allah se déclare leur défenseur. La forme verbale yudāfiʿu — intensive, continue — dit une protection active et permanente.
« Il est permis (udhina) à ceux qui sont combattus [de se défendre], parce qu'ils ont été lésés — et Allah est capable de les secourir. » Selon Ibn ʿAbbās, le premier verset révélé au sujet du combat — après treize années où l'on disait aux croyants persécutés : « retenez vos mains ». Le passif est décisif : « ceux qui sont combattus » — l'autorisation naît de l'agression subie. Verset 40 nomme le tort : « ceux qui ont été chassés de leurs demeures sans droit, pour avoir seulement dit : notre Seigneur est Allah. » Puis le principe universel : « Si Allah ne repoussait pas les hommes les uns par les autres, seraient démolis des monastères (ṣawāmiʿ), des églises (biyaʿ), des synagogues (ṣalawāt) et des mosquées où le nom d'Allah est beaucoup invoqué. »
« Ceux qui, si Nous les établissons sur la terre (in makkannāhum fi-l-arḍ), accomplissent la prière, acquittent la zakāt, ordonnent le convenable et interdisent le blâmable. Et à Allah appartient la fin de toutes choses. » Quatre marques, et pas une de plus, de ce que doit faire un pouvoir croyant : le lien à Allah (prière), le lien social (zakāt), la promotion du bien, la prévention du mal. Le pouvoir n'est pas un but — c'est une responsabilité conditionnelle : « si Nous les établissons ». Et le verset se clôt en rappelant à qui revient la fin.
« S'ils te traitent de menteur — déjà, avant eux, ont démenti le peuple de Nūḥ, les ʿĀd, les Thamūd, le peuple d'Ibrāhīm, le peuple de Lūṭ, les gens de Madyan ; et Mūsā fut démenti. » Sept peuples en trois versets — consolation par l'accumulation. Puis la méthode divine (v. 44) : « J'ai accordé un délai (amlaytu) aux mécréants, puis Je les ai saisis. Et quelle fut Ma réprobation ! » Le délai n'est pas l'oubli.
« Que de cités (ka-ayyin min qarya) Nous avons détruites, alors qu'elles étaient injustes : les voilà écroulées sur leurs toits — et de puits abandonnés, et de palais bien bâtis (qaṣrin mashīd) ! » Trois images du silence après la ruine : la maison effondrée sur elle-même, le puits où plus personne ne puise, le palais debout sans habitant. Le contraste entre le puits déserté et le palais intact dit tout : les murs survivent, la vie non.
« N'ont-ils pas parcouru la terre, pour avoir des cœurs qui comprennent ou des oreilles qui entendent ? Car ce ne sont pas les yeux qui sont aveugles — mais ce sont les cœurs, dans les poitrines, qui sont aveugles (walākin taʿmā-l-qulūbu-llatī fi-ṣ-ṣudūr). » Verset-clé sur la nature de la perception : les ruines sont visibles, tout le monde les voit — et pourtant personne n'en tire rien. Le siège de la vue véritable n'est pas l'œil. Le Coran localise la cécité là où on ne la cherche pas : « dans les poitrines ».
« Ils te pressent de hâter le châtiment. Allah ne manquera pas à Sa promesse — et un jour auprès de ton Seigneur est comme mille ans de ce que vous comptez. » Réponse à l'impatience : ce qui semble tarder à l'échelle humaine n'a pas encore commencé à l'échelle divine. Puis la formule reprise (v. 48) : « Que de cités auxquelles J'ai accordé un délai, alors qu'elles étaient injustes — puis Je les ai saisies. Et vers Moi est le retour. »
Troisième « Ô hommes ! » (v. 49) : « Dis : Ô hommes, je ne suis pour vous qu'un avertisseur explicite. » Ni juge, ni bourreau, ni maître du délai. Puis les deux issues : « ceux qui croient et font le bien auront pardon et subsistance généreuse ; ceux qui s'efforcent contre Nos versets pour les rendre vains — ceux-là sont les gens de la Fournaise. »
« Nous n'avons envoyé avant toi ni messager ni prophète sans que, lorsqu'il récitait, Satan ne jetât quelque chose dans sa récitation — mais Allah abroge ce que Satan jette, puis Allah consolide Ses versets. Allah est Omniscient, Sage. » Verset qui affirme la protection de la révélation : les tentatives d'altération existent, et elles sont neutralisées. Le verset 53-54 en donne la finalité : « pour faire de ce que Satan jette une épreuve pour ceux dont les cœurs sont malades et endurcis », et « pour que ceux à qui la science a été donnée sachent que c'est la vérité venant de ton Seigneur, y croient, et que leurs cœurs s'y soumettent humblement (fa-tukhbita lahu qulūbuhum). » Même événement, deux effets : la même épreuve endurcit les uns et affermit les autres.
« Ceux qui mécroient ne cesseront d'être dans le doute à son sujet, jusqu'à ce que l'Heure leur vienne soudain, ou le châtiment d'un jour stérile (yawmin ʿaqīm). » Un « jour stérile » — qui n'enfante aucun lendemain. Puis (v. 56) : « La royauté, ce Jour-là, sera à Allah ; Il jugera entre eux. » Ceux qui croient : les jardins du délice ; ceux qui démentent : un châtiment humiliant.
« Ceux qui ont émigré dans le chemin d'Allah, puis ont été tués ou sont morts — Allah les pourvoira certes d'une belle subsistance. Allah est le meilleur des pourvoyeurs. » Le verset unit ceux qui tombent au combat et ceux qui meurent dans leur lit après l'exil : l'émigration elle-même est l'acte, et la manière de mourir n'en change pas la récompense. « Il les fera entrer en un lieu qu'ils agréeront — Allah est Omniscient, Indulgent. » Descendu, selon les rapports, pour ceux qui mouraient de maladie à Médine et craignaient d'avoir moins que les martyrs.
« Voilà. Et quiconque riposte par l'équivalent de ce dont il a été lésé, puis est de nouveau agressé — Allah le secourra certes. Allah est Indulgent, Pardonneur. » Trois principes en un verset : la riposte est licite, elle est proportionnée (« l'équivalent »), et celui qui, s'étant contenu dans la mesure, subit une nouvelle agression a Allah pour allié. La clôture — « Indulgent, Pardonneur » — glisse discrètement vers la voie plus haute : le pardon.
« Cela, parce qu'Allah fait pénétrer la nuit dans le jour et le jour dans la nuit — Allah est Audient, Clairvoyant. » Le secours promis est fondé sur la maîtrise du temps même. Puis l'écho du verset 6 (v. 62) : « Cela, parce qu'Allah est le Vrai (huwa-l-Ḥaqq), que ce qu'ils invoquent en dehors de Lui est le faux (al-bāṭil), et qu'Allah est le Très-Haut, le Très-Grand. » Deux fois dans la sourate (v. 6, 62) la même clé : Il est le Vrai. Au v. 6, elle fondait la résurrection ; ici, elle fonde le secours. Le réel face à l'illusoire, à chaque niveau.
« Ne vois-tu pas qu'Allah fait descendre du ciel une eau, et que la terre en devient verdoyante ? Allah est Subtil (Laṭīf), Parfaitement Informé. » Le nom Laṭīf — Celui qui agit avec finesse — est choisi pour le verdissement : la vie qui revient sans bruit. Puis (v. 65) : « Ne vois-tu pas qu'Allah vous a soumis ce qui est sur la terre, et le navire qui vogue sur la mer par Son ordre ? Il retient le ciel de tomber sur la terre — sauf par Sa permission. Allah est, envers les hommes, Compatissant et Miséricordieux. » Le ciel ne tient pas tout seul : chaque instant où il ne s'effondre pas est une retenue active. Et le verset le dit par un Nom de tendresse — Raʾūf.
« C'est Lui qui vous a donné la vie, puis vous fera mourir, puis vous fera revivre. En vérité, l'homme est très ingrat (la-kafūr). » Le cycle complet en trois verbes — et la réaction humaine en un mot. Le verset ferme le bloc des signes sur le constat qui ouvrait la sourate au v. 5 : la résurrection est aussi évidente que la naissance, et pourtant niée.
« À chaque communauté Nous avons assigné un rite qu'ils pratiquent : qu'ils ne te disputent donc pas sur cette affaire. Appelle à ton Seigneur — tu es certes sur une guidance droite. » Reprise du v. 34 : les rites ont varié selon les époques, et cette variation même interdit la querelle. S'ils disputent (v. 68) : « Dis : Allah sait mieux ce que vous faites » — et le jugement est renvoyé au Jour dernier (v. 69), par Celui qui « sait ce qui est dans le ciel et sur la terre ; cela est dans un Livre ; cela est facile pour Allah » (v. 70).
« Ils adorent en dehors d'Allah ce sur quoi Il n'a fait descendre aucune preuve et dont ils n'ont aucune science — et les injustes n'auront pas de secoureur. » Puis une scène observée (v. 72) : « Quand on leur récite Nos versets clairs, tu reconnais sur les visages de ceux qui mécroient la réprobation ; peu s'en faut qu'ils ne se jettent sur ceux qui leur récitent Nos versets. Dis : vous annoncerai-je pire que cela ? Le Feu — Allah l'a promis aux mécréants. Quelle mauvaise destination ! » Le refus se lit sur le visage avant de passer aux mains.
Quatrième et dernier « Ô hommes ! » : « Ô hommes, une parabole vous est proposée — écoutez-la : ceux que vous invoquez en dehors d'Allah ne sauraient créer une mouche (dhubāb), même s'ils s'unissaient pour cela ; et si la mouche leur dérobait quelque chose, ils ne pourraient le lui reprendre. Faible est le solliciteur, et faible le sollicité (ḍaʿufa-ṭ-ṭālibu wa-l-maṭlūb) ! » Argument d'une ironie dévastatrice : ni créer le plus insignifiant des êtres, ni même récupérer ce qu'il emporte. La formule finale renvoie dos à dos l'adorateur et l'idole. Et le verdict (v. 74) : « Ils n'ont pas estimé Allah à Sa juste mesure (mā qadarū-llāha ḥaqqa qadrih). Allah est Fort, Puissant. »
« Allah choisit des messagers parmi les anges et parmi les hommes — Allah est Audient, Clairvoyant. Il sait ce qui est devant eux et derrière eux, et c'est à Allah que reviennent toutes choses. » Réponse à ceux qui réclamaient un ange : le choix du messager n'appartient pas aux hommes. L'ange et l'homme sont l'un et l'autre des envoyés possibles — c'est Allah qui désigne.
« Ô croyants ! Inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur, et faites le bien — afin que vous réussissiez. » Seul « Ô croyants ! » de la sourate, après quatre « Ô hommes ! » : le passage de l'appel universel à la communauté formée. Quatre ordres en gradation — le geste (s'incliner, se prosterner), l'attitude (adorer), l'action (faire le bien) — vers un seul but : le falāḥ. Le verset porte le signe ۩ : seconde sajda de la sourate.
« Et luttez pour Allah comme il se doit de lutter pour Lui (ḥaqqa jihādih). C'est Lui qui vous a élus, et Il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion : la religion de votre père Ibrāhīm. C'est Lui qui vous a nommés « les musulmans » (sammākumu-l-muslimīn), auparavant et dans ceci, pour que le Messager soit témoin contre vous et que vous soyez témoins contre les hommes. Accomplissez donc la prière, acquittez la zakāt, et attachez-vous fortement à Allah : Il est votre Protecteur — quel excellent Protecteur, quel excellent Secoureur ! » Verset-testament, le plus long de la fin : le nom « musulman » n'est pas une invention, il vient d'Allah et remonte à Ibrāhīm ; la religion n'est pas un fardeau (« aucune gêne ») ; et la communauté est instituée témoin — comme le Messager l'est pour elle. La sourate du Ḥajj se referme sur le père du Ḥajj.