112 versets · Mekkoise · Juzʾ 17 · Une seule voix, seize prophètes, une miséricorde
Sourate Al-Anbiyāʾ s'ouvre sur l'urgence — « le compte des hommes s'est approché » — et déploie la plus longue galerie de prophètes du Coran : seize noms, de Mūsā à Maryam, unis par une seule phrase révélée à tous : « il n'y a de divinité que Moi, adorez-Moi donc » (v. 25). Elle pose l'argument rationnel du tawḥīd — « s'il y avait d'autres dieux, les cieux et la terre se seraient corrompus » (v. 22) — et le fait précéder d'une image de combat : « Nous lançons la vérité contre le faux, elle lui fracasse le crâne » (v. 18). Elle contient le verset des origines — « les cieux et la terre étaient soudés, Nous les avons séparés, et de l'eau Nous avons fait toute chose vivante » (v. 30) —, le plus universel des rappels — « toute âme goûtera la mort » (v. 35) —, et surtout quatre appels dans l'épreuve, quatre fois exaucés : Nūḥ dans la détresse, Ayyūb dans la maladie, Yūnus dans les ténèbres, Zakariyyā dans la solitude. Au centre, Ibrāhīm qui brise les idoles et pose la question qui les détruit : « demandez-leur, s'ils parlent ». Puis le rassemblement — « cette communauté est une communauté unique » — et la clôture sur le dernier des prophètes, envoyé non à un peuple mais aux mondes, et non comme roi mais comme miséricorde.
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« Le compte des hommes s'est approché (iqtaraba li-n-nāsi ḥisābuhum) — et eux, dans l'insouciance, se détournent. » Premier mot de la sourate : un verbe au passé accompli. L'échéance n'est pas à venir, elle est déjà là. « Aucun rappel nouveau ne leur vient de leur Seigneur sans qu'ils l'écoutent en jouant, le cœur distrait (lāhiyatan qulūbuhum). » Puis leurs conciliabules (v. 3) : « N'est-ce pas là un humain comme vous ? Irez-vous à la sorcellerie les yeux ouverts ? » L'objection éternelle contre tout prophète, dès le troisième verset.
« Mon Seigneur connaît la parole dans le ciel et sur la terre — Il est l'Audient, l'Omniscient. » Leurs chuchotements ne sont pas secrets. Puis l'escalade des accusations (v. 5) : « Des rêves confus (aḍghāthu aḥlām) ! — ou plutôt, il l'a inventé ! — ou plutôt, c'est un poète ! Qu'il nous apporte donc un signe, comme furent envoyés les anciens. » Trois « plutôt » (bal) qui se contredisent : le rêveur n'invente pas, l'inventeur n'est pas un poète — l'incohérence des accusations en signe leur mauvaise foi. Réponse (v. 6) : « Aucune cité avant eux n'a cru [après le signe], et Nous les avons détruites — eux, croiraient-ils ? »
« Nous n'avons envoyé avant toi que des hommes à qui Nous faisions des révélations. Demandez donc aux gens du Rappel (ahl al-dhikr), si vous ne savez pas. » L'humanité du messager est la règle, et les détenteurs des Écritures antérieures peuvent en témoigner. Verset 8 précise : « Nous n'en avons pas fait des corps qui ne mangent pas, et ils n'étaient pas immortels. » Puis (v. 9) : « Nous avons tenu Notre promesse envers eux : Nous les avons sauvés, avec qui Nous avons voulu, et Nous avons fait périr les outranciers. »
« Nous avons fait descendre vers vous un Livre où se trouve votre rappel (fīhi dhikrukum). Ne raisonnez-vous donc pas ? » Dhikrukum : votre rappel — mais aussi votre renom, votre mention. Le Coran est ce qui vous rappelle, et ce qui fera parler de vous. Les Arabes qui cherchaient la gloire dans la poésie ont ici la source de l'une et de l'autre.
« Que de cités injustes avons-Nous brisées, et fait surgir après elles d'autres peuples ! » Puis une scène d'une ironie glaçante (v. 12-13) : « Quand ils sentirent Notre rigueur, les voilà qui s'enfuient. — Ne fuyez pas ! Revenez au luxe dont vous jouissiez et à vos demeures : peut-être serez-vous interrogés ! » L'invitation à retourner vers les palais est une raillerie : ce luxe pour lequel ils ont tout sacrifié, qu'ils aillent donc s'y abriter. « Malheur à nous, nous étions injustes ! » (v. 14) — « et ce cri ne cessa d'être leur seule parole, jusqu'à ce que Nous en fassions un chaume moissonné, éteint (ḥaṣīdan khāmidīn). »
« Nous n'avons pas créé le ciel, la terre et ce qui est entre eux par jeu (lāʿibīn). » Réponse à ceux qui « écoutaient en jouant » (v. 2) : le jeu est de leur côté, pas de celui du Créateur. Verset 17 pousse l'argument à sa limite : « Si Nous avions voulu Nous donner un divertissement, Nous l'aurions pris auprès de Nous — si Nous devions le faire. » Un Dieu qui voudrait se divertir n'aurait pas besoin de créer un monde pour cela ; la création est donc pour autre chose que le jeu.
« Au contraire, Nous lançons la vérité contre le faux (naqdhifu bi-l-ḥaqqi ʿala-l-bāṭil) : elle lui fracasse le crâne (fa-yadmaghuh), et le voilà qui périt. Et malheur à vous pour ce que vous décrivez ! » Trois verbes d'une violence physique : lancer (comme un projectile), fracasser (le verbe damagha désigne le coup qui atteint le cerveau), périr. Le faux n'est pas réfuté par la discussion — il est frappé à la tête. C'est le mécanisme de toute la sourate : chaque récit qui suit est un projectile de vérité.
« À Lui appartiennent ceux qui sont dans les cieux et sur la terre. Ceux qui sont auprès de Lui ne dédaignent pas de L'adorer et ne s'en lassent pas (lā yastaḥsirūn) ; ils glorifient nuit et jour, sans relâche (lā yafturūn). » Contraste avec ceux qui jouent : les anges adorent sans orgueil, sans fatigue, sans interruption. Trois négations pour dire une adoration sans faille — le modèle auquel l'homme est appelé, et dont il est si loin.
« Ont-ils pris des dieux tirés de la terre, qui ressuscitent (yunshirūn) ? » L'ironie porte sur la matière : des divinités extraites du sol — pierre, bois — et qui prétendraient rendre la vie. Le critère de la divinité est posé d'emblée : peut-elle ressusciter ?
« S'il y avait dans les deux [ciel et terre] des dieux autres qu'Allah, tous deux seraient corrompus (law kāna fīhimā ālihatun illa-llāhu la-fasadatā). Gloire à Allah, Seigneur du Trône, au-dessus de ce qu'ils décrivent ! » Preuve rationnelle du tawḥīd, dite dalīl al-tamānuʿ : deux volontés souveraines produiraient deux ordres contradictoires — et l'univers se déchirerait. L'harmonie du cosmos est la signature de l'unicité de Celui qui le gouverne. Puis (v. 23) : « Il n'est pas interrogé sur ce qu'Il fait — mais eux le seront. » Le Créateur ne rend pas de comptes ; les créatures, si.
« Ont-ils pris des dieux en dehors de Lui ? Dis : apportez votre preuve ! Voici le Rappel de ceux qui sont avec moi, et le Rappel de ceux qui m'ont précédé » — le Coran et les Écritures antérieures, convoqués ensemble comme témoins. Puis le verset qui donne son titre à la sourate (v. 25) : « Nous n'avons envoyé avant toi aucun messager sans lui révéler : il n'y a de divinité que Moi — adorez-Moi donc (lā ilāha illā ana fa-ʿbudūn). » Tous les prophètes, sans exception, ont reçu la même phrase. C'est l'unité de la prophétie : non un enchaînement d'inventeurs, mais une seule voix relayée.
« Ils disent : le Tout-Miséricordieux S'est donné un fils. Gloire à Lui ! Ce sont plutôt des serviteurs honorés (ʿibādun mukramūn). » Les Arabes tenaient les anges pour les filles d'Allah ; le Coran les replace : serviteurs — honorés, mais serviteurs. Trois traits (v. 27-28) : « ils ne Le devancent pas par la parole, ils agissent selon Son ordre ; Il sait ce qui est devant eux et derrière eux ; ils n'intercèdent que pour qui Il agrée, et sont pénétrés de crainte devant Lui. » Et le verdict (v. 29) : « Quiconque parmi eux dirait : je suis un dieu en dehors de Lui — Nous le rétribuerions par la Géhenne. » Même un ange n'aurait pas d'exception.
« Ceux qui mécroient n'ont-ils pas vu que les cieux et la terre étaient une masse soudée (ratqan), et que Nous les avons séparés (fa-fataqnāhumā) ? Et que Nous avons fait de l'eau toute chose vivante ? Ne croiront-ils donc pas ? » Deux affirmations qui traversent les siècles : l'univers fut d'abord un tout compact, puis fut fendu ; et la vie a l'eau pour matière. Le verset ne demande pas d'y croire sur parole — il dit « n'ont-ils pas vu » : c'est un appel à l'observation. Et la question finale n'est pas « ne comprennent-ils pas » mais « ne croiront-ils pas » : le savoir, s'il est honnête, mène à la foi.
« Nous avons placé sur la terre des montagnes ancrées, pour qu'elle ne tangue pas avec eux, et y avons ménagé de larges voies, pour qu'ils se guident. » Puis (v. 32) : « Nous avons fait du ciel un toit protégé (saqfan maḥfūẓā) — et ils se détournent de ses signes. » Enfin (v. 33) : « C'est Lui qui a créé la nuit et le jour, le soleil et la lune — chacun voguant dans une orbite (kullun fī falakin yasbaḥūn). » Le verbe sabaḥa — nager, glisser — pour les astres : non pas fixés, mais en mouvement fluide, chacun sur sa trajectoire. Quatre signes, et à chaque fois le même reproche implicite : tout cela est visible.
« Nous n'avons accordé l'immortalité à aucun humain avant toi : si donc tu meurs, seraient-ils, eux, éternels ? » Les Quraysh attendaient la mort du Prophète ﷺ comme une délivrance ; le verset retourne l'attente : sa mort ne les rendra pas immortels. Puis (v. 35) l'un des versets les plus récités du Coran : « Toute âme goûtera la mort (kullu nafsin dhāʾiqatu-l-mawt). Nous vous éprouvons par le mal et par le bien, comme test (fitna) — et c'est vers Nous que vous serez ramenés. » Note l'ordre : « par le mal et par le bien » — la prospérité est une épreuve autant que l'adversité, et souvent plus difficile.
« Quand ceux qui mécroient te voient, ils ne te prennent qu'en dérision : est-ce celui-ci qui parle [en mal] de vos dieux ? — Et eux, c'est au rappel du Tout-Miséricordieux qu'ils sont mécréants. » L'ironie du verset : ils s'indignent qu'on critique leurs idoles, et ne voient pas leur propre mécréance envers le Raḥmān. Puis (v. 37) : « L'homme a été créé de hâte (khuliqa-l-insānu min ʿajal). Je vous montrerai Mes signes — ne Me pressez donc pas. » La hâte n'est pas un défaut acquis, elle est constitutive : l'homme est fait d'impatience. D'où la réponse à « quand donc cette promesse ? ».
« Quand donc cette promesse, si vous êtes véridiques ? » Réponse (v. 39) : « Si ceux qui mécroient savaient le moment où ils ne pourront écarter le Feu ni de leurs visages ni de leurs dos, et où ils ne seront pas secourus… » Le Feu de devant et de derrière — nulle part où se tourner. « Il leur viendra soudain et les frappera de stupeur (fa-tabhatuhum) ; ils ne pourront le repousser, et il ne leur sera accordé aucun délai. » Verset 41 console le Prophète ﷺ : les messagers d'avant furent raillés, et « ce dont ils se moquaient les a enveloppés ».
« Dis : qui vous protège (yaklaʾukum), nuit et jour, contre le Tout-Miséricordieux ? — Mais ils se détournent du rappel de leur Seigneur. » Question sans réponse possible : nul ne protège contre Allah, sinon Allah. « Ont-ils des dieux qui les défendent en dehors de Nous ? Ceux-là ne peuvent se secourir eux-mêmes, et Nous ne les accompagnons pas. » Puis (v. 44) une image de la lente érosion : « Ne voient-ils pas que Nous venons à la terre en la réduisant par ses extrémités (nanquṣuhā min aṭrāfihā) ? Seraient-ils, eux, les vainqueurs ? » Le territoire de la mécréance rétrécit de tous côtés — mais lentement, comme une côte rongée.
« Dis : je ne vous avertis que par la Révélation — mais les sourds n'entendent pas l'appel quand on les avertit. » Et pourtant (v. 46) : « Qu'un souffle (nafḥa) du châtiment de ton Seigneur les effleure, et ils diront : malheur à nous, nous étions injustes ! » Un souffle suffit à faire avouer ce que des années de rappel n'ont pas obtenu. Puis (v. 47) : « Nous poserons les balances de justice (al-mawāzīn al-qisṭ) au Jour de la Résurrection : nulle âme ne sera lésée en rien. Fût-ce le poids d'un grain de moutarde, Nous l'apporterons — et Nous suffisons comme comptables. » La précision absolue de la pesée : rien de si petit qui échappe au compte.
« Nous avons donné à Mūsā et Hārūn le Critère (al-Furqān), une lumière et un rappel pour les pieux — ceux qui craignent leur Seigneur dans le secret (bi-l-ghayb), et qui sont pénétrés de crainte devant l'Heure. » Transition vers la galerie des prophètes : la Torah, nommée par trois fonctions — trancher, éclairer, rappeler. Puis (v. 50) : « Et ceci est un Rappel béni que Nous avons fait descendre. Allez-vous donc le renier ? » Le Coran, placé dans la continuité de ce qui fut donné à Mūsā.
« Nous avions donné auparavant à Ibrāhīm sa droiture (rushdah), et Nous le connaissions bien. » Le rushd — la rectitude du jugement — lui est accordé avant même la mission : Ibrāhīm est un homme droit avant d'être un prophète. « Que sont ces statues (tamāthīl) auxquelles vous êtes dévoués ? » — « Nous avons trouvé nos pères les adorant. » — « Vous étiez donc, vous et vos pères, dans un égarement évident. » Ils s'étonnent (v. 55) : « Nous apportes-tu la vérité, ou es-tu de ceux qui plaisantent ? » — l'idée même qu'on puisse parler sérieusement contre les idoles leur paraît un jeu. Réponse (v. 56) : « Votre Seigneur est le Seigneur des cieux et de la terre, qui les a créés — et j'en suis témoin. »
« Et par Allah, je ruserai (la-akīdanna) contre vos idoles, une fois que vous aurez le dos tourné. » Serment à voix presque basse — les commentateurs disent qu'un seul l'entendit, d'où la réponse du v. 60. « Il les réduisit en morceaux — sauf la plus grande, pour qu'ils reviennent peut-être vers elle. » La grande idole est épargnée à dessein : elle va servir de témoin dans le procès qui suit.
« Qui a fait cela à nos dieux ? C'est sûrement un injuste ! » — « Nous avons entendu un jeune homme (fatā) qui en parlait ; on l'appelle Ibrāhīm. » — « Amenez-le sous les yeux des gens, pour qu'ils témoignent. » Le procès est public, voulu ainsi. « Est-ce toi qui as fait cela à nos dieux, ô Ibrāhīm ? » Et la réponse célèbre (v. 63) : « C'est plutôt la plus grande d'entre elles, celle-ci, qui l'a fait. Demandez-leur donc — s'ils parlent (fa-sʾalūhum in kānū yanṭiqūn) ! » Ibrāhīm ne ment pas : il pose une condition impossible qui contient l'argument entier. Si vos dieux parlent, qu'ils témoignent ; s'ils ne parlent pas, pourquoi les adorer ?
« Alors ils revinrent à eux-mêmes (fa-rajaʿū ilā anfusihim) et dirent : c'est vous les injustes ! » Un instant de lucidité : la question a fait mouche, ils voient. Puis (v. 65) : « Puis ils furent retournés la tête en bas (nukisū ʿalā ruʾūsihim) : tu sais bien qu'ils ne parlent pas ! » L'image dit exactement le mouvement : après s'être redressés vers la vérité, ils se renversent — et, pour se défendre, ils avouent eux-mêmes ce qu'Ibrāhīm voulait leur faire dire. « Adorez-vous donc, en dehors d'Allah, ce qui ne vous profite ni ne vous nuit ? Fi de vous (uffin lakum) et de ce que vous adorez ! Ne raisonnez-vous donc pas ? »
À court d'arguments, ils passent à la force (v. 68) : « Brûlez-le, et secourez vos dieux — si vous devez agir ! » Que des dieux aient besoin d'être secourus par leurs adorateurs est déjà tout l'aveu. Alors (v. 69) : « Nous dîmes : Ô feu, sois fraîcheur et paix sur Ibrāhīm (yā nāru kūnī bardan wa salāman ʿalā Ibrāhīm). » Un ordre adressé au feu, comme à un serviteur — et « paix » ajouté à « fraîcheur », dit Ibn ʿAbbās, sans quoi le froid l'aurait tué. « Ils voulurent ruser contre lui : Nous en fîmes les plus grands perdants. » Le v. 57 disait « je ruserai » ; le v. 70 dit « ils voulurent ruser » — la ruse d'Ibrāhīm réussit, la leur échoue.
« Nous le sauvâmes, ainsi que Lūṭ, vers la terre que Nous avons bénie pour les mondes (li-l-ʿālamīn). » Première des trois occurrences de « pour les mondes » dans la sourate : la terre (v. 71), le signe (v. 91), la miséricorde (v. 107). « Nous lui donnâmes Isḥāq, et Yaʿqūb par surcroît (nāfila) ; et de tous Nous fîmes des vertueux. » Puis (v. 73) : « Nous en fîmes des guides (aʾimma) qui dirigent selon Notre ordre, et Nous leur révélâmes de faire le bien, d'accomplir la prière, d'acquitter la zakāt — et ils Nous adoraient. » Le briseur d'idoles devient le père des guides.
« À Lūṭ Nous avons donné sagesse et savoir (ḥukman wa ʿilmā), et Nous l'avons sauvé de la cité qui commettait les turpitudes : c'était un peuple mauvais, pervers. Nous l'avons fait entrer dans Notre miséricorde — il est du nombre des vertueux. » La formule « sagesse et savoir » reviendra pour Dāwūd et Sulaymān (v. 79) ; et « Nous l'avons fait entrer dans Notre miséricorde » pour Ismāʿīl, Idrīs et Dhū-l-Kifl (v. 86). La galerie des prophètes est tissée de formules récurrentes : une même grâce distribuée.
« Et Nūḥ, quand il appela auparavant : Nous l'exauçâmes (fa-stajabnā lahu), et le sauvâmes, lui et sa famille, de l'immense détresse (al-karb al-ʿaẓīm). » Première des quatre occurrences de « fa-stajabnā lahu » — Nous l'avons exaucé — qui font d'Al-Anbiyāʾ la sourate des invocations entendues (v. 76, 84, 88, 90). Nūḥ appela ; la réponse est donnée sans détail sur le contenu de l'appel — comme si le seul fait d'appeler suffisait. « Nous le secourûmes contre le peuple qui démentait Nos signes… Nous les noyâmes tous. »
« Et Dāwūd et Sulaymān, quand ils jugeaient au sujet du champ où les moutons des gens avaient pâturé de nuit — Nous étions témoins de leur jugement. Nous fîmes comprendre l'affaire à Sulaymān (fa-fahhamnāhā Sulaymān) ; et à chacun Nous donnâmes sagesse et savoir. » Dāwūd avait attribué les moutons au propriétaire du champ ravagé ; Sulaymān proposa mieux : le berger cultiverait le champ jusqu'à sa restauration, et le propriétaire jouirait des moutons entre-temps — puis chacun reprendrait son bien. Le Coran dit que Sulaymān comprit mieux, sans dire que Dāwūd eut tort : « à chacun Nous donnâmes sagesse et savoir ». Deux jugements valides, l'un plus fin. Puis les dons de Dāwūd : « Nous soumîmes avec lui les montagnes et les oiseaux, qui glorifiaient. »
« Nous lui apprîmes la fabrication de cottes de mailles (ṣanʿata labūs) pour vous, afin qu'elles vous protègent de vos violences. Êtes-vous donc reconnaissants ? » Un prophète-roi qui travaille le fer de ses mains — et le verset s'adresse aux lecteurs : c'est pour vous qu'il fut instruit. « À Sulaymān, le vent impétueux qui courait sur son ordre vers la terre que Nous avons bénie. » Et (v. 82) : « Et parmi les démons, certains plongeaient pour lui et exécutaient d'autres travaux — et Nous les gardions. » Les djinns au service du roi, sous garde divine.
« Et Ayyūb, quand il appela son Seigneur : le mal m'a touché (annī massaniya-ḍ-ḍurr) — et Tu es le plus miséricordieux des miséricordieux. » Modèle de l'invocation dans la maladie : il ne demande rien, il ne se plaint pas d'Allah — il décrit son état et nomme la miséricorde. Toute la demande est dans la juxtaposition : voici mon mal, voici Ta miséricorde. « Nous l'exauçâmes : Nous dissipâmes le mal qui le touchait, et lui rendîmes sa famille, et autant avec elle — miséricorde de Notre part, et rappel pour les adorateurs. » Non seulement restauré, mais doublé.
« Et Ismāʿīl, Idrīs et Dhū-l-Kifl — tous du nombre des endurants (al-ṣābirīn). Nous les fîmes entrer dans Notre miséricorde : ils sont du nombre des vertueux. » Trois noms, une seule qualité nommée : la patience. Ismāʿīl, qui accepta d'être sacrifié ; Idrīs, élevé en haut lieu ; Dhū-l-Kifl, « celui qui prit en charge » — dont le Coran ne dit rien d'autre que l'endurance. La formule « Nous les fîmes entrer dans Notre miséricorde » reprend celle de Lūṭ (v. 75).
« Et Dhū-n-Nūn (l'homme au poisson — Yūnus), quand il partit en colère, pensant que Nous ne le contraindrions pas. Alors il appela dans les ténèbres (fī-ẓ-ẓulumāt) : il n'y a de divinité que Toi ! Gloire à Toi ! J'ai été du nombre des injustes. » Ténèbres au pluriel — la nuit, la mer, le ventre du poisson. Et l'invocation en trois temps : le tawḥīd, la glorification, l'aveu. Aucune demande explicite — et pourtant (v. 88) : « Nous l'exauçâmes, et le sauvâmes de l'angoisse. C'est ainsi que Nous sauvons les croyants (wa kadhālika nunjī-l-muʾminīn). » La dernière phrase généralise : ce qui fut fait pour Yūnus est promis à tout croyant qui dit ces mots.
« Et Zakariyyā, quand il appela son Seigneur : Seigneur, ne me laisse pas seul (lā tadharnī fardā) — et Tu es le meilleur des héritiers. » Un vieillard sans enfant : sa demande est celle d'une descendance, mais il la termine par un renoncement — « Tu es le meilleur des héritiers » : si Tu ne me donnes personne, c'est Toi qui hériteras, et c'est bien. « Nous l'exauçâmes : Nous lui donnâmes Yaḥyā, et Nous rendîmes son épouse capable [d'enfanter]. » Puis la raison de tous ces exaucements (v. 90) : « Ils s'empressaient vers les bonnes œuvres, Nous invoquaient par désir et par crainte (raghaban wa rahabā), et étaient humbles devant Nous. » Trois clés de l'invocation entendue.
« Et celle qui préserva sa chasteté : Nous insufflâmes en elle de Notre Esprit, et fîmes d'elle et de son fils un signe pour les mondes (āyatan li-l-ʿālamīn). » Maryam n'est pas nommée — elle est désignée par sa vertu. Seule femme de la galerie, et le seul cas où le « signe » est un couple, mère et fils. Deuxième « pour les mondes » de la sourate : après la terre bénie (v. 71), le signe vivant — avant la miséricorde (v. 107).
« Cette communauté qui est la vôtre est une communauté unique (ummatan wāḥida), et Je suis votre Seigneur : adorez-Moi donc. » Après la galerie de seize prophètes, le verset qui les rassemble : ils forment une seule umma. La diversité des récits n'était qu'apparente — une seule voix, celle du v. 25. Puis (v. 93) : « Mais ils ont déchiré leur affaire entre eux — et tous reviendront vers Nous. » Et la garantie (v. 94) : « Quiconque fait de bonnes œuvres, étant croyant, son effort ne sera pas renié (fa-lā kufrāna li-saʿyih) — Nous l'inscrivons. »
« Il est interdit à une cité que Nous avons détruite de revenir » — pas de retour possible pour les anéantis. « Jusqu'à ce que soient lâchés Yaʾjūj et Maʾjūj, dévalant de chaque hauteur (min kulli ḥadabin yansilūn). » L'un des grands signes de la fin. Puis (v. 97) le second iqtaraba : « La promesse véridique s'est approchée — et voilà que se figent les regards de ceux qui mécroient : malheur à nous ! nous étions dans l'insouciance de ceci — pire, nous étions injustes. » Le v. 1 disait « le compte s'est approché… dans l'insouciance » ; le v. 97 leur fait dire « nous étions dans l'insouciance ». La boucle se ferme sur leur propre aveu.
« Vous, et ce que vous adorez en dehors d'Allah, êtes le combustible de la Géhenne (ḥaṣabu jahannam) — vous y entrerez. » Les adorateurs et leurs idoles brûlent ensemble. Et l'argument (v. 99) : « Si ceux-là étaient des dieux, ils n'y entreraient pas. » Un dieu qui brûle n'en était pas un. « Ils y pousseront des gémissements, et n'y entendront rien. »
« Quant à ceux à qui Nous avons d'avance accordé la plus belle part (sabaqat lahum minnā-l-ḥusnā) — ceux-là en seront éloignés. Ils n'en entendront même pas le crépitement (ḥasīsahā), et demeureront éternellement dans ce que leurs âmes désirent. » Selon ʿAlī, ce verset descendit quand les Mecquois objectèrent : « ʿĪsā est adoré, ira-t-il au Feu ? » — non : ceux qui ont reçu d'avance la bonne part en sont tenus loin. Puis (v. 103) : « La grande frayeur (al-fazaʿ al-akbar) ne les attristera pas, et les anges les accueilleront : voici votre Jour, celui qu'on vous promettait. » Là où les regards des mécréants se figent (v. 97), les croyants sont accueillis.
« Le Jour où Nous plierons le ciel comme on plie un rouleau d'écrits (ka-ṭayyi-s-sijilli li-l-kutub). Comme Nous avons commencé la première création, Nous la recommencerons — promesse qui Nous incombe. Nous le ferons. » Image saisissante : le ciel immense roulé comme un parchemin qu'on referme. Et l'argument de la résurrection, une fois encore, par l'origine : recommencer n'est pas plus difficile que commencer.
« Nous avons écrit dans les Psaumes (al-Zabūr), après le Rappel : la terre, ce sont Mes serviteurs vertueux qui en hériteront (anna-l-arḍa yarithuhā ʿibādiya-ṣ-ṣāliḥūn). » Promesse inscrite dans l'Écriture de Dāwūd — le Psaume 37 le dit presque mot pour mot — et reprise ici : la terre ne revient ni aux plus forts ni aux plus nombreux, mais aux vertueux. Puis (v. 106) : « Il y a en ceci un message (balāgh) pour un peuple d'adorateurs. »
« Et Nous ne t'avons envoyé que comme miséricorde pour les mondes (raḥmatan li-l-ʿālamīn). » Le verset le plus cité sur la mission du Prophète ﷺ — et sa place n'est pas un hasard. Après seize prophètes envoyés chacun à son peuple, un seul est envoyé aux mondes. Et non comme roi, juge ou conquérant : comme miséricorde. Troisième « pour les mondes » de la sourate : la terre bénie (v. 71), le signe de Maryam (v. 91), et maintenant la miséricorde — du lieu à la personne, de la personne à la mission.
« Dis : il m'est seulement révélé que votre Dieu est un Dieu unique. Vous soumettrez-vous donc (fa-hal antum muslimūn) ? » Tout le message ramené à une phrase, et une question laissée ouverte. Puis (v. 109) : « S'ils se détournent, dis : je vous ai avertis tous également (ʿalā sawāʾ). Et je ne sais si ce qui vous est promis est proche ou lointain. » L'avertissement est donné à tous sans distinction — et le Prophète ﷺ avoue ne pas connaître l'échéance.
« Il connaît ce qui est dit à voix haute, et Il connaît ce que vous cachez. » Rappel des conciliabules du v. 3 : les chuchotements des injustes étaient entendus dès le début. Puis (v. 111) : « Et je ne sais — peut-être est-ce une épreuve pour vous, et une jouissance pour un temps. » Le délai accordé n'est pas une victoire : c'est une épreuve, et elle a une fin.
« Il dit : Seigneur, juge selon la vérité (rabbi-ḥkum bi-l-ḥaqq) ! Et notre Seigneur est le Tout-Miséricordieux, dont le secours est imploré (al-mustaʿān) contre ce que vous décrivez. » Le Prophète ﷺ ne demande pas la victoire — il demande le jugement, et le jugement vrai. Puis il nomme Allah par deux Noms : le Raḥmān — celui-là même que les Mecquois disaient ne pas connaître (v. 36) — et al-Mustaʿān, Celui dont on implore l'aide. La sourate qui s'ouvrait sur « le compte s'est approché » se ferme sur « juge ». Entre les deux, tout ce qu'il fallait savoir avant que le jugement ne tombe.