بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Sourate Al-Muʾminūn — Les Croyants

سُورَةُ المُؤۡمِنُونَ

118 versets · Mekkoise · Juzʾ 18 · Qui réussit, et qui échoue

Sourate Al-Muʾminūn s'ouvre par un verdict — « Certes, ont réussi les croyants » — et se ferme par son contraire — « les mécréants ne réussissent pas ». Entre les deux, elle demande à qui revient la réussite. Elle commence par le portrait des croyants (recueillis, fidèles, chastes, assidus), enchaîne sur les étapes de la création de l'homme jusqu'à « une autre création — béni soit Allah, le meilleur des créateurs », puis fait défiler les messagers de Nūḥ à ʿĪsā, tous heurtés à la même objection : « un humain comme vous ». Elle dénonce l'illusion des opulents qui prennent leurs biens pour une faveur, décrit ceux qui « donnent, le cœur tremblant », pose que « si la vérité suivait leurs passions, les cieux et la terre se corrompraient », et arrache aux Mecquois trois aveux — « à Allah ! » — pour leur demander « comment donc êtes-vous ensorcelés ? ». Puis la mort, le cri « Seigneur, renvoie-moi ! », le barzakh, les balances, et la question qui résume tout : « Pensiez-vous avoir été créés en vain ? ». Elle se referme sur la prière des croyants qu'on raillait — devenue l'ordre final : « Seigneur, pardonne et fais miséricorde. »

1

Les qualités du falāḥ — « Certes, ont réussi les croyants » ⭐

Versets 1-11
Réussite déclarée dès le premier mot. Puis le portrait : recueillis dans la prière, détournés de la futilité, actifs pour la zakāt, gardiens de leur chasteté, fidèles aux dépôts et aux pactes, assidus à leurs prières. Ceux-là sont les héritiers — du Firdaws.
AkhlāqQad aflaḥa · Khāshiʿūn · Al-Firdaws
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La réussite proclamée (v. 1-2) ⭐

قَدۡ أَفۡلَحَ ٱلۡمُؤۡمِنُونَ ﴿١﴾
ٱلَّذِينَ هُمۡ فِى صَلَاتِهِمۡ خَـٰشِعُونَ ﴿٢﴾

« Certes, ont réussi les croyants (qad aflaḥa-l-muʾminūn) » — la sourate s'ouvre par un verdict, au passé accompli, avant même de décrire ceux qu'il concerne : la réussite est acquise, reste à savoir qui en fait partie. Première qualité (v. 2) : « ceux qui, dans leur prière, sont recueillis (khāshiʿūn) ». Le khushūʿ n'est pas la posture mais la présence du cœur — c'est par lui que commence le portrait, car c'est par lui que la prière devient prière.

Futilité, zakāt, chasteté (v. 3-7)

وَٱلَّذِينَ هُمۡ عَنِ ٱللَّغۡوِ مُعۡرِضُونَ ﴿٣﴾
وَٱلَّذِينَ هُمۡ لِلزَّكَوٰةِ فَـٰعِلُونَ ﴿٤﴾
وَٱلَّذِينَ هُمۡ لِفُرُوجِهِمۡ حَـٰفِظُونَ ﴿٥﴾
إِلَّا عَلَىٰٓ أَزۡوَٰجِهِمۡ أَوۡ مَا مَلَكَتۡ أَيۡمَـٰنُهُمۡ فَإِنَّهُمۡ غَيۡرُ مَلُومِينَ ﴿٦﴾
فَمَنِ ٱبۡتَغَىٰ وَرَآءَ ذَٰلِكَ فَأُو۟لَـٰٓئِكَ هُمُ ٱلۡعَادُونَ ﴿٧﴾

« Ceux qui se détournent de la futilité (al-laghw) » — non pas seulement l'interdit, mais l'inutile : le croyant n'a pas de temps à perdre. « Ceux qui sont actifs pour la zakāt » — le verset dit fāʿilūn (ceux qui font), non « qui donnent » : la purification est une activité. Puis (v. 5-7) : « ceux qui gardent leur chasteté — sauf envers leurs épouses ou ce que possèdent leurs mains droites : ils ne sont pas blâmables ; mais quiconque cherche au-delà de cela, ceux-là sont les transgresseurs (al-ʿādūn). » La chasteté n'est pas l'abstinence, c'est la limite : le désir a son cadre, et le franchir est une transgression, non une liberté.

Dépôts, pactes, et la prière encore (v. 8-9) ⭐

وَٱلَّذِينَ هُمۡ لِأَمَـٰنَـٰتِهِمۡ وَعَهۡدِهِمۡ رَٰعُونَ ﴿٨﴾
وَٱلَّذِينَ هُمۡ عَلَىٰ صَلَوَٰتِهِمۡ يُحَافِظُونَ ﴿٩﴾

« Ceux qui sont fidèles à leurs dépôts (amānāt) et à leur pacte (ʿahd). » L'amāna est tout ce qu'on vous a confié — un bien, un secret, une charge, une responsabilité ; le ʿahd, tout engagement pris. La foi se vérifie dans la fiabilité. Et le portrait se referme comme il s'était ouvert (v. 9) : « ceux qui veillent sur leurs prières (ʿalā ṣalawātihim yuḥāfiẓūn) » — au pluriel cette fois, et non plus le recueillement dans la prière mais l'assiduité à chaque prière. Le v. 2 disait la qualité ; le v. 9 dit la constance.

Les héritiers du Firdaws (v. 10-11) ⭐

أُو۟لَـٰٓئِكَ هُمُ ٱلۡوَٰرِثُونَ ﴿١٠﴾
ٱلَّذِينَ يَرِثُونَ ٱلۡفِرۡدَوۡسَ هُمۡ فِيهَا خَـٰلِدُونَ ﴿١١﴾

« Ceux-là sont les héritiers (al-wārithūn) — qui hériteront du Firdaws, où ils demeureront éternellement. » Le Paradis n'est pas gagné mais hérité : on n'achète pas un héritage, on y a droit par filiation — ici, par appartenance à la famille des croyants. Et le lieu nommé est le plus haut : le Firdaws, dont le Prophète ﷺ a dit qu'il est le sommet du Paradis, d'où jaillissent ses fleuves, et qu'il faut demander à Allah lorsqu'on Lui demande le Paradis (Bukhārī). Sept qualités, un héritage.

2

De l'argile au bel être — la création de l'homme et les signes ⭐

Versets 12-22
Un extrait d'argile, une goutte en lieu sûr, l'adhérence, le morceau de chair, les os revêtus de chair, puis « une autre création » — béni soit Allah, le meilleur des créateurs. Puis la mort, puis la résurrection. Sept voies au-dessus de vous, l'eau mesurée, l'olivier du Sinaï, les bêtes et les navires.
TawḥīdAḥsanu-l-khāliqīn · Sabʿa ṭarāʾiq
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Les étapes de l'embryon (v. 12-14) ⭐

وَلَقَدۡ خَلَقۡنَا ٱلۡإِنسَـٰنَ مِن سُلَـٰلَةٍ مِّن طِينٍ ﴿١٢﴾
ثُمَّ جَعَلۡنَـٰهُ نُطۡفَةً فِى قَرَارٍ مَّكِينٍ ﴿١٣﴾
ثُمَّ خَلَقۡنَا ٱلنُّطۡفَةَ عَلَقَةً فَخَلَقۡنَا ٱلۡعَلَقَةَ مُضۡغَةً فَخَلَقۡنَا ٱلۡمُضۡغَةَ عِظَـٰمًا فَكَسَوۡنَا ٱلۡعِظَـٰمَ لَحۡمًا ثُمَّ أَنشَأۡنَـٰهُ خَلۡقًا ءَاخَرَۚ فَتَبَارَكَ ٱللَّهُ أَحۡسَنُ ٱلۡخَـٰلِقِينَ ﴿١٤﴾

« Nous avons créé l'homme d'un extrait d'argile (sulālatin min ṭīn) ; puis Nous en avons fait une goutte en un lieu de séjour sûr (qarārin makīn) ; puis de la goutte Nous avons créé une adhérence (ʿalaqa), de l'adhérence un morceau de chair (muḍgha), du morceau des os, et Nous avons revêtu les os de chair — puis Nous l'avons produit en une autre création (khalqan ākhar). Béni soit Allah, le meilleur des créateurs (aḥsanu-l-khāliqīn) ! » Six étapes matérielles, puis une rupture : « une autre création » — le moment où la matière devient un être. Les mots sont d'une précision que chaque siècle redécouvre : l'ʿalaqa qui s'accroche à la paroi, la muḍgha semblable à une chose mâchée. Et le verset n'aboutit pas à une leçon d'embryologie mais à une louange.

Puis la mort, puis la résurrection (v. 15-16)

ثُمَّ إِنَّكُم بَعۡدَ ذَٰلِكَ لَمَيِّتُونَ ﴿١٥﴾
ثُمَّ إِنَّكُمۡ يَوۡمَ ٱلۡقِيَـٰمَةِ تُبۡعَثُونَ ﴿١٦﴾

« Puis, après cela, vous mourrez certainement ; puis, au Jour de la Résurrection, vous serez ressuscités. » Deux thumma (« puis ») qui prolongent la chaîne des étapes : la mort et la résurrection ne sont pas des ruptures dans le processus, mais ses deux dernières phases. Celui qui a mené la goutte jusqu'à l'homme mènera l'homme jusqu'au Jugement — la résurrection est aussi naturelle que la naissance.

Sept voies et l'eau mesurée (v. 17-18)

وَلَقَدۡ خَلَقۡنَا فَوۡقَكُمۡ سَبۡعَ طَرَآئِقَ وَمَا كُنَّا عَنِ ٱلۡخَلۡقِ غَـٰفِلِينَ ﴿١٧﴾
وَأَنزَلۡنَا مِنَ ٱلسَّمَآءِ مَآءًۢ بِقَدَرٍ فَأَسۡكَنَّـٰهُ فِى ٱلۡأَرۡضِۖ وَإِنَّا عَلَىٰ ذَهَابٍۭ بِهِۦ لَقَـٰدِرُونَ ﴿١٨﴾

« Nous avons créé au-dessus de vous sept voies (sabʿa ṭarāʾiq), et Nous ne sommes pas inattentifs à la création. » Les sept cieux nommés ṭarāʾiq — voies, ou strates superposées. Puis (v. 18) : « Nous avons fait descendre du ciel une eau selon une mesure (bi-qadar), et l'avons fixée dans la terre — et Nous sommes bien capables de la faire disparaître. » L'eau ne tombe pas au hasard : elle est mesurée, stockée dans le sol… et retirable. La menace discrète — « capables de la faire disparaître » — rappelle que la nappe qui vous abreuve est un prêt.

Palmiers, vignes, l'olivier du Sinaï, les bêtes (v. 19-22)

فَأَنشَأۡنَا لَكُم بِهِۦ جَنَّـٰتٍ مِّن نَّخِيلٍ وَأَعۡنَـٰبٍ لَّكُمۡ فِيهَا فَوَٰكِهُ كَثِيرَةٌ وَمِنۡهَا تَأۡكُلُونَ ﴿١٩﴾
وَشَجَرَةً تَخۡرُجُ مِن طُورِ سَيۡنَآءَ تَنۢبُتُ بِٱلدُّهۡنِ وَصِبۡغٍ لِّلۡـَٔاكِلِينَ ﴿٢٠﴾
وَإِنَّ لَكُمۡ فِى ٱلۡأَنۡعَـٰمِ لَعِبۡرَةًۖ نُّسۡقِيكُم مِّمَّا فِى بُطُونِهَا وَلَكُمۡ فِيهَا مَنَـٰفِعُ كَثِيرَةٌ وَمِنۡهَا تَأۡكُلُونَ ﴿٢١﴾
وَعَلَيۡهَا وَعَلَى ٱلۡفُلۡكِ تُحۡمَلُونَ ﴿٢٢﴾

« Par elle Nous avons fait surgir pour vous des jardins de palmiers et de vignes, où vous avez des fruits abondants et dont vous mangez ; et un arbre qui sort du mont Sinaï, qui produit de l'huile et un condiment pour ceux qui mangent. » L'olivier, nommé par sa montagne — celle de la révélation à Mūsā. Puis (v. 21-22) : « Vous avez dans les bestiaux une leçon : Nous vous abreuvons de ce qui est dans leurs ventres, vous en tirez de nombreux usages et vous en mangez ; et sur eux comme sur les navires, vous êtes transportés. » Le lait, la viande, la monture — et le navire en écho, qui prépare le récit de Nūḥ.

3

Nūḥ — « Ce n'est qu'un humain comme vous »

Versets 23-30
Nūḥ appelle son peuple à n'adorer qu'Allah. Les notables : « un homme comme vous qui veut se distinguer ; un possédé — attendez qu'il passe. » « Seigneur, secours-moi ! » L'arche sous Nos yeux, le four qui bouillonne, la louange sur le pont, et l'invocation du bon débarquement.
QaṣaṣBasharun mithlukum · Fāra-t-tannūr
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L'appel et l'objection (v. 23-25)

وَلَقَدۡ أَرۡسَلۡنَا نُوحًا إِلَىٰ قَوۡمِهِۦ فَقَالَ يَـٰقَوۡمِ ٱعۡبُدُوا۟ ٱللَّهَ مَا لَكُم مِّنۡ إِلَـٰهٍ غَيۡرُهُۥٓۖ أَفَلَا تَتَّقُونَ ﴿٢٣﴾
فَقَالَ ٱلۡمَلَؤُا۟ ٱلَّذِينَ كَفَرُوا۟ مِن قَوۡمِهِۦ مَا هَـٰذَآ إِلَّا بَشَرٌ مِّثۡلُكُمۡ يُرِيدُ أَن يَتَفَضَّلَ عَلَيۡكُمۡ وَلَوۡ شَآءَ ٱللَّهُ لَأَنزَلَ مَلَـٰٓئِكَةً مَّا سَمِعۡنَا بِهَـٰذَا فِىٓ ءَابَآئِنَا ٱلۡأَوَّلِينَ ﴿٢٤﴾
إِنۡ هُوَ إِلَّا رَجُلٌۢ بِهِۦ جِنَّةٌ فَتَرَبَّصُوا۟ بِهِۦ حَتَّىٰ حِينٍ ﴿٢٥﴾

« Nous avons envoyé Nūḥ à son peuple : Ô mon peuple, adorez Allah — vous n'avez d'autre divinité que Lui. Ne Le craindrez-vous pas ? » La formule est celle de tous les prophètes. Et l'objection aussi (v. 24) : « Ce n'est qu'un humain comme vous (basharun mithlukum), qui veut prendre le dessus sur vous. Si Allah avait voulu, Il aurait fait descendre des anges. Nous n'avons jamais entendu cela chez nos premiers ancêtres. » Trois arguments en un : la jalousie sociale (« se distinguer »), l'exigence du surnaturel (« des anges »), le poids de la tradition. Puis le verdict des notables (v. 25) : « un homme possédé — attendez qu'il passe. »

L'arche sous Nos yeux (v. 26-27) ⭐

قَالَ رَبِّ ٱنصُرۡنِى بِمَا كَذَّبُونِ ﴿٢٦﴾
فَأَوۡحَيۡنَآ إِلَيۡهِ أَنِ ٱصۡنَعِ ٱلۡفُلۡكَ بِأَعۡيُنِنَا وَوَحۡيِنَا فَإِذَا جَآءَ أَمۡرُنَا وَفَارَ ٱلتَّنُّورُۙ فَٱسۡلُكۡ فِيهَا مِن كُلٍّ زَوۡجَيۡنِ ٱثۡنَيۡنِ وَأَهۡلَكَ إِلَّا مَن سَبَقَ عَلَيۡهِ ٱلۡقَوۡلُ مِنۡهُمۡۖ وَلَا تُخَـٰطِبۡنِى فِى ٱلَّذِينَ ظَلَمُوٓا۟ۖ إِنَّهُم مُّغۡرَقُونَ ﴿٢٧﴾

« Seigneur, secours-moi contre ce qu'ils démentent. » Une seule phrase, et la réponse vient sous forme d'instructions (v. 27) : « Construis l'arche sous Nos yeux et selon Notre révélation. Quand Notre ordre viendra et que le four bouillonnera (fāra-t-tannūr), fais-y entrer un couple de chaque espèce, et ta famille — sauf ceux d'entre eux contre qui la parole a déjà été prononcée. Et ne M'adresse pas de requête en faveur des injustes : ils seront noyés. » « Sous Nos yeux » : chaque planche est posée sous le regard divin. Et le signal du déluge — un four domestique d'où l'eau jaillit — est le plus quotidien des objets devenu le plus terrible des signes.

La louange sur le pont et l'invocation du débarquement (v. 28-30)

فَإِذَا ٱسۡتَوَيۡتَ أَنتَ وَمَن مَّعَكَ عَلَى ٱلۡفُلۡكِ فَقُلِ ٱلۡحَمۡدُ لِلَّهِ ٱلَّذِى نَجَّىٰنَا مِنَ ٱلۡقَوۡمِ ٱلظَّـٰلِمِينَ ﴿٢٨﴾
وَقُل رَّبِّ أَنزِلۡنِى مُنزَلًا مُّبَارَكًا وَأَنتَ خَيۡرُ ٱلۡمُنزِلِينَ ﴿٢٩﴾
إِنَّ فِى ذَٰلِكَ لَـَٔايَـٰتٍ وَإِن كُنَّا لَمُبۡتَلِينَ ﴿٣٠﴾

« Quand tu seras installé sur l'arche, toi et ceux qui sont avec toi, dis : Louange à Allah qui nous a sauvés du peuple injuste. » Avant même d'être sauvé, la louange est enseignée : on remercie en montant à bord, non en touchant terre. Puis (v. 29) : « Dis : Seigneur, fais-moi débarquer en un lieu béni — Tu es le meilleur de ceux qui font débarquer (khayru-l-munzilīn). » Invocation que le Prophète ﷺ enseignait pour tout voyage et tout arrivée. Verset 30 : « Il y a là des signes — et Nous mettons certes [les hommes] à l'épreuve. »

4

Les générations suivantes — le Cri et les messagers en succession

Versets 31-44
Une autre génération, un messager d'entre eux, la même objection — aggravée par l'opulence : « il mange ce que vous mangez ». « Loin, bien loin ce qu'on vous promet ! » Le Cri les saisit, ils deviennent écume. Puis les messagers en succession : chaque nation dément le sien.
QaṣaṣHayhāta hayhāta · Rusulanā tatrā
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Une autre génération, un messager d'entre eux (v. 31-32)

ثُمَّ أَنشَأۡنَا مِنۢ بَعۡدِهِمۡ قَرۡنًا ءَاخَرِينَ ﴿٣١﴾
فَأَرۡسَلۡنَا فِيهِمۡ رَسُولًا مِّنۡهُمۡ أَنِ ٱعۡبُدُوا۟ ٱللَّهَ مَا لَكُم مِّنۡ إِلَـٰهٍ غَيۡرُهُۥٓۖ أَفَلَا تَتَّقُونَ ﴿٣٢﴾

« Puis Nous avons fait surgir après eux une autre génération, et Nous avons envoyé parmi eux un messager d'entre eux : Adorez Allah — vous n'avez d'autre divinité que Lui. Ne Le craindrez-vous pas ? » Le peuple n'est pas nommé (les exégètes y voient les ʿĀd et Hūd, ou les Thamūd et Ṣāliḥ) — délibérément : ce qui compte est la répétition du schéma, non l'identité. « Un messager d'entre eux » — c'est justement ce qu'on va lui reprocher.

L'objection des opulents (v. 33-34)

وَقَالَ ٱلۡمَلَأُ مِن قَوۡمِهِ ٱلَّذِينَ كَفَرُوا۟ وَكَذَّبُوا۟ بِلِقَآءِ ٱلۡـَٔاخِرَةِ وَأَتۡرَفۡنَـٰهُمۡ فِى ٱلۡحَيَوٰةِ ٱلدُّنۡيَا مَا هَـٰذَآ إِلَّا بَشَرٌ مِّثۡلُكُمۡ يَأۡكُلُ مِمَّا تَأۡكُلُونَ مِنۡهُ وَيَشۡرَبُ مِمَّا تَشۡرَبُونَ ﴿٣٣﴾
وَلَئِنۡ أَطَعۡتُم بَشَرًا مِّثۡلَكُمۡ إِنَّكُمۡ إِذًا لَّخَـٰسِرُونَ ﴿٣٤﴾

« Les notables de son peuple — qui mécroyaient, démentaient la rencontre de l'au-delà, et que Nous avions comblés d'opulence (atrafnāhum) dans la vie d'ici-bas — dirent : ce n'est qu'un humain comme vous, qui mange de ce que vous mangez et boit de ce que vous buvez. Si vous obéissez à un humain comme vous, vous serez perdants. » Trois traits des opposants : l'incroyance, le déni de l'au-delà — et l'opulence. C'est elle qui rend l'humanité du messager insupportable : les gens comblés ne veulent pas d'un guide qui mange comme eux.

« Loin, bien loin ! » (v. 35-38)

أَيَعِدُكُمۡ أَنَّكُمۡ إِذَا مِتُّمۡ وَكُنتُمۡ تُرَابًا وَعِظَـٰمًا أَنَّكُم مُّخۡرَجُونَ ﴿٣٥﴾
۞ هَيۡهَاتَ هَيۡهَاتَ لِمَا تُوعَدُونَ ﴿٣٦﴾
إِنۡ هِىَ إِلَّا حَيَاتُنَا ٱلدُّنۡيَا نَمُوتُ وَنَحۡيَا وَمَا نَحۡنُ بِمَبۡعُوثِينَ ﴿٣٧﴾
إِنۡ هُوَ إِلَّا رَجُلٌ ٱفۡتَرَىٰ عَلَى ٱللَّهِ كَذِبًا وَمَا نَحۡنُ لَهُۥ بِمُؤۡمِنِينَ ﴿٣٨﴾

« Vous promet-il que, morts, devenus poussière et os, vous serez ressuscités ? Loin, bien loin (hayhāta hayhāta) ce qu'on vous promet ! » L'interjection redoublée exprime l'impossibilité pure. Puis le credo matérialiste dans sa forme la plus nette (v. 37) : « Il n'y a que notre vie d'ici-bas : nous mourons, nous vivons, et nous ne serons pas ressuscités. » Verset 38 : « un homme qui forge un mensonge contre Allah — nous ne le croirons pas. » Le déni de la résurrection est la clé de tous les autres refus.

Le Cri, et l'écume (v. 39-41)

قَالَ رَبِّ ٱنصُرۡنِى بِمَا كَذَّبُونِ ﴿٣٩﴾
قَالَ عَمَّا قَلِيلٍ لَّيُصۡبِحُنَّ نَـٰدِمِينَ ﴿٤٠﴾
فَأَخَذَتۡهُمُ ٱلصَّيۡحَةُ بِٱلۡحَقِّ فَجَعَلۡنَـٰهُمۡ غُثَآءًۚ فَبُعۡدًا لِّلۡقَوۡمِ ٱلظَّـٰلِمِينَ ﴿٤١﴾

« Seigneur, secours-moi contre ce qu'ils démentent » — mot pour mot la prière de Nūḥ (v. 26). Réponse (v. 40) : « Sous peu, ils se réveilleront pleins de regret. » Et (v. 41) : « Le Cri (al-ṣayḥa) les saisit en toute justice, et Nous en fîmes de l'écume (ghuthāʾ). Loin donc le peuple injuste ! » Le ghuthāʾ est ce que le torrent charrie et dépose — brindilles, débris, mousse morte : ce qui reste d'une civilisation opulente quand le Cri est passé.

Les messagers en succession (v. 42-44) ⭐

ثُمَّ أَنشَأۡنَا مِنۢ بَعۡدِهِمۡ قُرُونًا ءَاخَرِينَ ﴿٤٢﴾
مَا تَسۡبِقُ مِنۡ أُمَّةٍ أَجَلَهَا وَمَا يَسۡتَـٔۡخِرُونَ ﴿٤٣﴾
ثُمَّ أَرۡسَلۡنَا رُسُلَنَا تَتۡرَاۖ كُلَّ مَا جَآءَ أُمَّةً رَّسُولُهَا كَذَّبُوهُۚ فَأَتۡبَعۡنَا بَعۡضَهُم بَعۡضًا وَجَعَلۡنَـٰهُمۡ أَحَادِيثَۚ فَبُعۡدًا لِّقَوۡمٍ لَّا يُؤۡمِنُونَ ﴿٤٤﴾

« Puis Nous avons fait surgir après eux d'autres générations. Nulle communauté ne devance son terme ni ne le retarde. » Loi de l'Histoire. Puis la synthèse (v. 44) : « Nous avons envoyé Nos messagers, l'un après l'autre (tatrā). Chaque fois qu'un messager venait à sa communauté, ils le démentaient. Nous les avons fait se suivre [dans la ruine] et en avons fait des récits (aḥādīth). Loin donc un peuple qui ne croit pas ! » Le mot tatrā — en file, sans interruption — dit la patience divine ; « des récits » dit ce qu'il en reste. Les nations deviennent des histoires qu'on raconte.

5

Mūsā, ʿĪsā, et « une seule communauté » — puis les sectes et l'illusion de l'opulence

Versets 45-56
Mūsā et Hārūn devant un peuple hautain : « croirons-nous en deux humains dont le peuple nous sert ? » Le fils de Maryam et sa mère, un signe. « Ô messagers, mangez des bonnes choses et faites le bien — vous êtes une seule communauté. » Ils se sont déchirés en sectes. Croient-ils que Nos dons soient une faveur ?
QaṣaṣUmmatan wāḥida · Nusāriʿu lahum fi-l-khayrāt
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Mūsā et Hārūn devant Pharaon (v. 45-49)

ثُمَّ أَرۡسَلۡنَا مُوسَىٰ وَأَخَاهُ هَـٰرُونَ بِـَٔايَـٰتِنَا وَسُلۡطَـٰنٍ مُّبِينٍ ﴿٤٥﴾
إِلَىٰ فِرۡعَوۡنَ وَمَلَإِي۟هِۦ فَٱسۡتَكۡبَرُوا۟ وَكَانُوا۟ قَوۡمًا عَالِينَ ﴿٤٦﴾
فَقَالُوٓا۟ أَنُؤۡمِنُ لِبَشَرَيۡنِ مِثۡلِنَا وَقَوۡمُهُمَا لَنَا عَـٰبِدُونَ ﴿٤٧﴾
فَكَذَّبُوهُمَا فَكَانُوا۟ مِنَ ٱلۡمُهۡلَكِينَ ﴿٤٨﴾
وَلَقَدۡ ءَاتَيۡنَا مُوسَى ٱلۡكِتَـٰبَ لَعَلَّهُمۡ يَهۡتَدُونَ ﴿٤٩﴾

« Nous avons envoyé Mūsā et son frère Hārūn avec Nos signes et une autorité évidente, à Pharaon et ses notables — ils s'enflèrent d'orgueil, c'était un peuple hautain (ʿālīn). » Quatrième occurrence de l'objection, avec une variante de classe (v. 47) : « Croirons-nous en deux humains comme nous, alors que leur peuple est notre esclave ? » Ici ce n'est plus seulement « comme nous » — c'est « moins que nous » : le message est refusé parce que le messager vient d'un peuple dominé. Ils les démentirent et furent anéantis (v. 48) ; et Mūsā reçut le Livre « afin qu'ils soient guidés » (v. 49).

Le fils de Maryam et sa mère, un signe (v. 50)

وَجَعَلۡنَا ٱبۡنَ مَرۡيَمَ وَأُمَّهُۥٓ ءَايَةً وَءَاوَيۡنَـٰهُمَآ إِلَىٰ رَبۡوَةٍ ذَاتِ قَرَارٍ وَمَعِينٍ ﴿٥٠﴾

« Nous avons fait du fils de Maryam et de sa mère un signe, et Nous leur avons donné refuge sur une colline paisible, aux sources vives (rabwatin dhāti qarārin wa maʿīn). » Un seul verset pour ʿĪsā — mais un mot : āya, un signe, au singulier pour la mère et le fils ensemble. Ce que l'objection réclamait (« des anges ! ») est ici accordé sous une forme plus haute encore : un homme né sans père. Et même lui a été traité en humain — mis à l'abri comme tout enfant.

« Ô messagers, mangez des bonnes choses » (v. 51-52) ⭐

يَـٰٓأَيُّهَا ٱلرُّسُلُ كُلُوا۟ مِنَ ٱلطَّيِّبَـٰتِ وَٱعۡمَلُوا۟ صَـٰلِحًاۖ إِنِّى بِمَا تَعۡمَلُونَ عَلِيمٌ ﴿٥١﴾
وَإِنَّ هَـٰذِهِۦٓ أُمَّتُكُمۡ أُمَّةً وَٰحِدَةً وَأَنَا۠ رَبُّكُمۡ فَٱتَّقُونِ ﴿٥٢﴾

« Ô messagers ! Mangez des bonnes choses (al-ṭayyibāt) et faites le bien — Je sais parfaitement ce que vous faites. » Réponse définitive à l'objection « il mange » : Allah Lui-même ordonne aux messagers de manger. Le même ordre est donné aux croyants dans Al-Baqara (2:172) — la prophétie ne dispense pas de l'humanité, elle la sanctifie. Puis (v. 52) : « Cette communauté qui est la vôtre est une communauté unique (ummatan wāḥida), et Je suis votre Seigneur : craignez-Moi donc. » Tous les prophètes, de Nūḥ à Muḥammad ﷺ, forment une seule umma — le mot précède les divisions qui vont suivre.

Ils se sont déchirés en sectes (v. 53-54)

فَتَقَطَّعُوٓا۟ أَمۡرَهُم بَيۡنَهُمۡ زُبُرًاۖ كُلُّ حِزۡبٍۭ بِمَا لَدَيۡهِمۡ فَرِحُونَ ﴿٥٣﴾
فَذَرۡهُمۡ فِى غَمۡرَتِهِمۡ حَتَّىٰ حِينٍ ﴿٥٤﴾

« Mais ils ont déchiré leur affaire entre eux en écrits (zubur) — chaque parti se réjouissant de ce qu'il détient. » L'unité proclamée au v. 52 est rompue au v. 53 : non par des différences de foi, mais par des livres séparés, chaque groupe content de sa portion. Le mot fariḥūn — contents, satisfaits — dit la racine du sectarisme : non la recherche de la vérité, mais le plaisir d'avoir raison. Verset 54 : « Laisse-les dans leur abîme (ghamra) pour un temps. »

Croient-ils que Nos dons soient une faveur ? (v. 55-56) ⭐

أَيَحۡسَبُونَ أَنَّمَا نُمِدُّهُم بِهِۦ مِن مَّالٍ وَبَنِينَ ﴿٥٥﴾
نُسَارِعُ لَهُمۡ فِى ٱلۡخَيۡرَٰتِۚ بَل لَّا يَشۡعُرُونَ ﴿٥٦﴾

« Pensent-ils que ce dont Nous les pourvoyons — biens et enfants — soit Notre empressement à leur accorder les bonnes choses ? Non, ils ne s'en rendent pas compte. » Verset décisif contre l'équation richesse = agrément divin. Les opulents (les mutrafūn qui reviennent depuis le v. 33) lisent leur prospérité comme un signe d'approbation. Le Coran retourne la lecture : ce n'est pas un empressement dans le bien, c'est un délai — et la phrase suivante (v. 57) commencera à décrire ceux pour qui Allah s'empresse vraiment.

6

Ceux qui courent vers le bien — et les cœurs dans l'abîme ⭐

Versets 57-77
Ceux qui craignent, croient, n'associent rien, et donnent le cœur tremblant : ceux-là courent vers le bien. Nul n'est chargé au-delà de sa capacité. Mais leurs cœurs sont dans l'abîme ; quand Nous saisissons leurs opulents, ils gémissent. N'ont-ils pas médité la Parole ? Si la vérité suivait leurs passions, les cieux et la terre se corrompraient.
AkhlāqQulūbuhum wajila · Law ittabaʿa-l-ḥaqqu ahwāʾahum
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Le vrai empressement (v. 57-61) ⭐

إِنَّ ٱلَّذِينَ هُم مِّنۡ خَشۡيَةِ رَبِّهِم مُّشۡفِقُونَ ﴿٥٧﴾
وَٱلَّذِينَ هُم بِـَٔايَـٰتِ رَبِّهِمۡ يُؤۡمِنُونَ ﴿٥٨﴾
وَٱلَّذِينَ هُم بِرَبِّهِمۡ لَا يُشۡرِكُونَ ﴿٥٩﴾
وَٱلَّذِينَ يُؤۡتُونَ مَآ ءَاتَوا۟ وَّقُلُوبُهُمۡ وَجِلَةٌ أَنَّهُمۡ إِلَىٰ رَبِّهِمۡ رَٰجِعُونَ ﴿٦٠﴾
أُو۟لَـٰٓئِكَ يُسَـٰرِعُونَ فِى ٱلۡخَيۡرَٰتِ وَهُمۡ لَهَا سَـٰبِقُونَ ﴿٦١﴾

Réponse au v. 56 : voici ceux pour qui les bonnes choses viennent vraiment. « Ceux qui, par crainte de leur Seigneur, sont pénétrés d'effroi ; ceux qui croient aux signes de leur Seigneur ; ceux qui n'associent rien à leur Seigneur ; et ceux qui donnent ce qu'ils donnent, le cœur tremblant (qulūbuhum wajila) à l'idée qu'ils retourneront à leur Seigneur — ceux-là s'empressent vers les bonnes œuvres (yusāriʿūna fi-l-khayrāt), et ce sont eux qui y arrivent les premiers. » Le v. 56 disait « nusāriʿu lahum » (Nous nous empresserions pour eux ?) ; le v. 61 répond « yusāriʿūna » (eux s'empressent) — l'empressement change de sens : c'est le croyant qui court, non Allah qui le comble.

Nul chargé au-delà de sa capacité (v. 62)

وَلَا نُكَلِّفُ نَفۡسًا إِلَّا وُسۡعَهَاۖ وَلَدَيۡنَا كِتَـٰبٌ يَنطِقُ بِٱلۡحَقِّۚ وَهُمۡ لَا يُظۡلَمُونَ ﴿٦٢﴾

« Nous n'imposons à une âme que selon sa capacité (wusʿahā). Nous détenons un Livre qui dit la vérité, et ils ne seront pas lésés. » Après le tremblement du v. 60, l'apaisement du v. 62 : la crainte n'est pas l'angoisse d'une charge impossible. Ce qui est demandé est à la mesure de chacun ; ce qui est fait est consigné exactement. Rien de trop, rien d'oublié.

Les cœurs dans l'abîme, les opulents qui gémissent (v. 63-67)

بَلۡ قُلُوبُهُمۡ فِى غَمۡرَةٍ مِّنۡ هَـٰذَا وَلَهُمۡ أَعۡمَـٰلٌ مِّن دُونِ ذَٰلِكَ هُمۡ لَهَا عَـٰمِلُونَ ﴿٦٣﴾
حَتَّىٰٓ إِذَآ أَخَذۡنَا مُتۡرَفِيهِم بِٱلۡعَذَابِ إِذَا هُمۡ يَجۡـَٔرُونَ ﴿٦٤﴾
لَا تَجۡـَٔرُوا۟ ٱلۡيَوۡمَۖ إِنَّكُم مِّنَّا لَا تُنصَرُونَ ﴿٦٥﴾
قَدۡ كَانَتۡ ءَايَـٰتِى تُتۡلَىٰ عَلَيۡكُمۡ فَكُنتُمۡ عَلَىٰٓ أَعۡقَـٰبِكُمۡ تَنكِصُونَ ﴿٦٦﴾
مُسۡتَكۡبِرِينَ بِهِۦ سَـٰمِرًا تَهۡجُرُونَ ﴿٦٧﴾

« Mais leurs cœurs sont dans un abîme (ghamra) à l'égard de ceci, et ils ont, en outre, des œuvres qu'ils accomplissent » — d'autres priorités, ailleurs. « Jusqu'au moment où Nous saisissons leurs opulents (mutrafīhim) par le châtiment : les voilà qui gémissent (yajʾarūn). » Réponse (v. 65-67) : « Ne gémissez pas aujourd'hui : vous ne serez pas secourus par Nous. Mes versets vous étaient récités, et vous reculiez sur vos talons, hautains, tenant des veillées à médire (sāmiran tahjurūn). » Les Quraysh se réunissaient la nuit autour de la Kaʿba pour railler le Coran : le verset nomme la scène — les veillées (samar) et le propos vain (hajr).

N'ont-ils pas médité la Parole ? (v. 68-70)

أَفَلَمۡ يَدَّبَّرُوا۟ ٱلۡقَوۡلَ أَمۡ جَآءَهُم مَّا لَمۡ يَأۡتِ ءَابَآءَهُمُ ٱلۡأَوَّلِينَ ﴿٦٨﴾
أَمۡ لَمۡ يَعۡرِفُوا۟ رَسُولَهُمۡ فَهُمۡ لَهُۥ مُنكِرُونَ ﴿٦٩﴾
أَمۡ يَقُولُونَ بِهِۦ جِنَّةٌۢۚ بَلۡ جَآءَهُم بِٱلۡحَقِّ وَأَكۡثَرُهُمۡ لِلۡحَقِّ كَـٰرِهُونَ ﴿٧٠﴾

« N'ont-ils pas médité la Parole (a-fa-lam yaddabbarū-l-qawl) ? Ou bien leur est-il venu ce qui n'était pas venu à leurs premiers ancêtres ? Ou bien ne reconnaissent-ils pas leur Messager, qu'ils le renient ? Ou disent-ils : il est possédé ? » Quatre questions qui écartent une à une les excuses : le Coran est là pour être médité ; il ne dit rien qui n'ait été dit aux anciens ; ils connaissent le Prophète ﷺ depuis quarante ans ; et l'accusation de folie est absurde. Reste la vraie raison (v. 70) : « Il est venu avec la vérité — mais la plupart d'entre eux ont la vérité en aversion (li-l-ḥaqqi kārihūn). »

Si la vérité suivait leurs passions (v. 71-74) ⭐

وَلَوِ ٱتَّبَعَ ٱلۡحَقُّ أَهۡوَآءَهُمۡ لَفَسَدَتِ ٱلسَّمَـٰوَٰتُ وَٱلۡأَرۡضُ وَمَن فِيهِنَّۚ بَلۡ أَتَيۡنَـٰهُم بِذِكۡرِهِمۡ فَهُمۡ عَن ذِكۡرِهِم مُّعۡرِضُونَ ﴿٧١﴾
أَمۡ تَسۡـَٔلُهُمۡ خَرۡجًا فَخَرَاجُ رَبِّكَ خَيۡرٌۖ وَهُوَ خَيۡرُ ٱلرَّٰزِقِينَ ﴿٧٢﴾
وَإِنَّكَ لَتَدۡعُوهُمۡ إِلَىٰ صِرَٰطٍ مُّسۡتَقِيمٍ ﴿٧٣﴾
وَإِنَّ ٱلَّذِينَ لَا يُؤۡمِنُونَ بِٱلۡـَٔاخِرَةِ عَنِ ٱلصِّرَٰطِ لَنَـٰكِبُونَ ﴿٧٤﴾

« Si la vérité suivait leurs passions, les cieux, la terre et ceux qui s'y trouvent seraient corrompus (la-fasadati-s-samāwātu wa-l-arḍ). » Verset-principe : la vérité n'est pas un compromis entre les désirs — elle est ce qui tient le monde. Une loi faite sur mesure pour les envies des hommes détruirait l'ordre même du cosmos. « Nous leur avons apporté leur rappel, et ils se détournent de leur rappel. » Puis (v. 72) : « Leur demandes-tu une rétribution ? La rétribution de ton Seigneur est meilleure. » Et (v. 73-74) : « Tu les appelles à un chemin droit — mais ceux qui ne croient pas à l'au-delà dévient du chemin (ʿani-ṣ-ṣirāṭi la-nākibūn). »

L'épreuve qui n'humilie pas (v. 75-77)

۞ وَلَوۡ رَحِمۡنَـٰهُمۡ وَكَشَفۡنَا مَا بِهِم مِّن ضُرٍّ لَّلَجُّوا۟ فِى طُغۡيَـٰنِهِمۡ يَعۡمَهُونَ ﴿٧٥﴾
وَلَقَدۡ أَخَذۡنَـٰهُم بِٱلۡعَذَابِ فَمَا ٱسۡتَكَانُوا۟ لِرَبِّهِمۡ وَمَا يَتَضَرَّعُونَ ﴿٧٦﴾
حَتَّىٰٓ إِذَا فَتَحۡنَا عَلَيۡهِم بَابًا ذَا عَذَابٍ شَدِيدٍ إِذَا هُمۡ فِيهِ مُبۡلِسُونَ ﴿٧٧﴾

« Si Nous leur faisions miséricorde et dissipions le mal qui les touche, ils persisteraient dans leur transgression, errant aveuglément. » La grâce ne les ramènerait pas. Et la rigueur non plus (v. 76) : « Nous les avons saisis par le châtiment, et ils ne se sont pas soumis à leur Seigneur, ni ne L'ont imploré humblement (mā yataḍarraʿūn). » Allusion, selon les exégètes, à la famine qui frappa La Mecque : la faim ne les fit pas prier. Jusqu'au dénouement (v. 77) : « Jusqu'à ce que Nous ouvrions sur eux une porte de dur châtiment — et les voilà désespérés (mublisūn). » Ni le bien ni le mal n'ont fléchi un cœur qui a la vérité en aversion.

7

Les facultés données, les trois questions, et ni fils ni associé

Versets 78-92
L'ouïe, la vue, le cœur — peu de gratitude. Ils disent ce que disaient les anciens. « À qui la terre ? — À Allah. Qui est le Seigneur des sept cieux ? — Allah. Qui tient en main la royauté de toute chose ? — Allah. » Comment donc êtes-vous ensorcelés ? Nul fils, nul dieu à Ses côtés — sinon chaque dieu serait parti avec sa création.
TawḥīdSayaqūlūna li-llāh · La-dhahaba kullu ilāh
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L'ouïe, la vue, les cœurs (v. 78-80)

وَهُوَ ٱلَّذِىٓ أَنشَأَ لَكُمُ ٱلسَّمۡعَ وَٱلۡأَبۡصَـٰرَ وَٱلۡأَفۡـِٔدَةَۚ قَلِيلًا مَّا تَشۡكُرُونَ ﴿٧٨﴾
وَهُوَ ٱلَّذِى ذَرَأَكُمۡ فِى ٱلۡأَرۡضِ وَإِلَيۡهِ تُحۡشَرُونَ ﴿٧٩﴾
وَهُوَ ٱلَّذِى يُحۡىِۦ وَيُمِيتُ وَلَهُ ٱخۡتِلَـٰفُ ٱلَّيۡلِ وَٱلنَّهَارِۚ أَفَلَا تَعۡقِلُونَ ﴿٨٠﴾

« C'est Lui qui a produit pour vous l'ouïe, la vue et les cœurs — que vous êtes peu reconnaissants ! » Trois instruments pour connaître : entendre le message, voir les signes, comprendre. Et leur usage manqué est nommé aussitôt : « peu reconnaissants ». « C'est Lui qui vous a disséminés sur la terre, et vers Lui vous serez rassemblés » (v. 79) ; « c'est Lui qui fait vivre et mourir, et de Lui dépend l'alternance de la nuit et du jour. Ne raisonnez-vous donc pas ? » (v. 80). Trois « c'est Lui » (huwa-lladhī) — trois preuves posées avant l'interrogatoire.

Ils disent ce que disaient les anciens (v. 81-83)

بَلۡ قَالُوا۟ مِثۡلَ مَا قَالَ ٱلۡأَوَّلُونَ ﴿٨١﴾
قَالُوٓا۟ أَءِذَا مِتۡنَا وَكُنَّا تُرَابًا وَعِظَـٰمًا أَءِنَّا لَمَبۡعُوثُونَ ﴿٨٢﴾
لَقَدۡ وُعِدۡنَا نَحۡنُ وَءَابَآؤُنَا هَـٰذَا مِن قَبۡلُ إِنۡ هَـٰذَآ إِلَّآ أَسَـٰطِيرُ ٱلۡأَوَّلِينَ ﴿٨٣﴾

« Non, ils disent ce que disaient les anciens : Quand nous serons morts, poussière et os, serons-nous ressuscités ? On nous l'a promis, à nous et à nos pères, auparavant — ce ne sont que des contes d'anciens. » Mot pour mot l'objection du v. 35 et du v. 37 : le déni de la résurrection n'a pas changé d'argument en des siècles. Ce qu'ils appellent « contes d'anciens » est en réalité leur propre discours, répété depuis les anciens.

Les trois questions (v. 84-89) ⭐

قُل لِّمَنِ ٱلۡأَرۡضُ وَمَن فِيهَآ إِن كُنتُمۡ تَعۡلَمُونَ ﴿٨٤﴾
سَيَقُولُونَ لِلَّهِۚ قُلۡ أَفَلَا تَذَكَّرُونَ ﴿٨٥﴾
قُلۡ مَن رَّبُّ ٱلسَّمَـٰوَٰتِ ٱلسَّبۡعِ وَرَبُّ ٱلۡعَرۡشِ ٱلۡعَظِيمِ ﴿٨٦﴾
سَيَقُولُونَ لِلَّهِۚ قُلۡ أَفَلَا تَتَّقُونَ ﴿٨٧﴾
قُلۡ مَنۢ بِيَدِهِۦ مَلَكُوتُ كُلِّ شَىۡءٍ وَهُوَ يُجِيرُ وَلَا يُجَارُ عَلَيۡهِ إِن كُنتُمۡ تَعۡلَمُونَ ﴿٨٨﴾
سَيَقُولُونَ لِلَّهِۚ قُلۡ فَأَنَّىٰ تُسۡحَرُونَ ﴿٨٩﴾

Trois questions, et trois fois la même réponse — tirée de leur propre bouche : « Dis : à qui appartient la terre et ceux qui s'y trouvent, si vous savez ? — Ils diront : à Allah. Dis : ne vous rappelez-vous donc pas ? » (v. 84-85) ; « Dis : qui est le Seigneur des sept cieux et le Seigneur du Trône immense ? — Ils diront : Allah. Dis : ne Le craindrez-vous donc pas ? » (v. 86-87) ; « Dis : qui tient en Sa main la royauté de toute chose, qui protège et contre qui nul ne peut protéger ? — Ils diront : Allah. Dis : comment donc êtes-vous ensorcelés (fa-annā tusḥarūn) ? » (v. 88-89). Les Mecquois reconnaissaient Allah comme Créateur et Maître : leur shirk n'était pas dans la croyance mais dans le culte. Trois aveux, trois conclusions — se rappeler, craindre, se désensorceler.

Ni fils, ni dieu à Ses côtés (v. 90-92) ⭐

بَلۡ أَتَيۡنَـٰهُم بِٱلۡحَقِّ وَإِنَّهُمۡ لَكَـٰذِبُونَ ﴿٩٠﴾
مَا ٱتَّخَذَ ٱللَّهُ مِن وَلَدٍ وَمَا كَانَ مَعَهُۥ مِنۡ إِلَـٰهٍۚ إِذًا لَّذَهَبَ كُلُّ إِلَـٰهٍۭ بِمَا خَلَقَ وَلَعَلَا بَعۡضُهُمۡ عَلَىٰ بَعۡضٍۚ سُبۡحَـٰنَ ٱللَّهِ عَمَّا يَصِفُونَ ﴿٩١﴾
عَـٰلِمِ ٱلۡغَيۡبِ وَٱلشَّهَـٰدَةِ فَتَعَـٰلَىٰ عَمَّا يُشۡرِكُونَ ﴿٩٢﴾

« Nous leur avons apporté la vérité, et ils sont menteurs. » Puis l'argument rationnel du tawḥīd (v. 91) : « Allah ne S'est pas donné de fils, et il n'y a pas de dieu avec Lui — sinon chaque dieu serait parti avec ce qu'il aurait créé, et certains auraient dominé les autres. Gloire à Allah, au-dessus de ce qu'ils décrivent ! » Preuve par l'ordre du monde : plusieurs dieux auraient plusieurs volontés, chacun emportant sa création — or l'univers est un, cohérent, sans frontière entre des royaumes rivaux. Un seul ordre suppose un seul Ordonnateur. Verset 92 : « Connaisseur de l'invisible et du visible — Il est bien au-dessus de ce qu'ils Lui associent. »

8

Les invocations du Prophète ﷺ, et « Seigneur, renvoie-moi ! » ⭐

Versets 93-100
« Seigneur, si Tu dois me montrer ce qui leur est promis, ne me place pas parmi les injustes. » Repousse le mal par ce qui est meilleur. « Je cherche refuge contre les incitations des démons, et contre leur présence. » Puis la mort vient : « Seigneur, renvoie-moi ! » — Non. Derrière eux, un barzakh jusqu'au Jour de la résurrection.
DuʿāʾHamazāt al-shayāṭīn · Rabbi-rjiʿūn · Barzakh
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« Ne me place pas parmi les injustes » (v. 93-95)

قُل رَّبِّ إِمَّا تُرِيَنِّى مَا يُوعَدُونَ ﴿٩٣﴾
رَبِّ فَلَا تَجۡعَلۡنِى فِى ٱلۡقَوۡمِ ٱلظَّـٰلِمِينَ ﴿٩٤﴾
وَإِنَّا عَلَىٰٓ أَن نُّرِيَكَ مَا نَعِدُهُمۡ لَقَـٰدِرُونَ ﴿٩٥﴾

« Dis : Seigneur, si Tu dois me faire voir ce qui leur est promis — Seigneur, ne me place pas parmi le peuple injuste. » Le Prophète ﷺ est instruit de demander non pas d'être épargné du spectacle du châtiment, mais de n'être pas compris dans ceux qu'il frappe. Humilité de qui ne présume pas de son rang. Verset 95 : « Nous sommes certes capables de te faire voir ce que Nous leur promettons. »

Repousse le mal par le meilleur (v. 96)

ٱدۡفَعۡ بِٱلَّتِى هِىَ أَحۡسَنُ ٱلسَّيِّئَةَۚ نَحۡنُ أَعۡلَمُ بِمَا يَصِفُونَ ﴿٩٦﴾

« Repousse le mal par ce qui est meilleur (idfaʿ bi-llatī hiya aḥsan). Nous savons parfaitement ce qu'ils décrivent. » Le programme de la daʿwa mecquoise en une ligne : ne pas répondre à l'insulte par l'insulte, mais par ce qui est meilleur — pas seulement bon, mais supérieur. Et la raison : « Nous savons ce qu'ils disent » — le compte de leurs propos est tenu ailleurs ; le croyant n'a pas à le régler.

Refuge contre les incitations des démons (v. 97-98) ⭐

وَقُل رَّبِّ أَعُوذُ بِكَ مِنۡ هَمَزَٰتِ ٱلشَّيَـٰطِينِ ﴿٩٧﴾
وَأَعُوذُ بِكَ رَبِّ أَن يَحۡضُرُونِ ﴿٩٨﴾

« Et dis : Seigneur, je cherche refuge auprès de Toi contre les incitations des démons (hamazāt al-shayāṭīn) ; et je cherche refuge auprès de Toi, Seigneur, contre leur présence (an yaḥḍurūn). » Deux demandes distinctes : contre leurs impulsions (le hamz — l'aiguillon, la suggestion qui pique) et contre leur présence même, dans les moments graves. Juste après l'ordre de repousser le mal par le meilleur : la douceur avec les hommes exige d'être protégé de ce qui pousse à la colère.

« Seigneur, renvoie-moi ! » — et le barzakh (v. 99-100) ⭐

حَتَّىٰٓ إِذَا جَآءَ أَحَدَهُمُ ٱلۡمَوۡتُ قَالَ رَبِّ ٱرۡجِعُونِ ﴿٩٩﴾
لَعَلِّىٓ أَعۡمَلُ صَـٰلِحًا فِيمَا تَرَكۡتُۚ كَلَّآۚ إِنَّهَا كَلِمَةٌ هُوَ قَآئِلُهَاۖ وَمِن وَرَآئِهِم بَرۡزَخٌ إِلَىٰ يَوۡمِ يُبۡعَثُونَ ﴿١٠٠﴾

« Jusqu'au moment où la mort vient à l'un d'eux, et qu'il dit : Seigneur, renvoie-moi (rabbi-rjiʿūn) ! — afin que je fasse le bien dans ce que j'ai laissé. — Non ! Ce n'est qu'une parole qu'il prononce. Et derrière eux se dresse un barzakh, jusqu'au Jour où ils seront ressuscités. » La demande de retour n'est pas exaucée — et le verset en donne la raison : « une parole qu'il prononce » — pas un repentir, un réflexe de l'agonie. Puis le mot qui nomme l'intervalle : barzakh, la barrière entre la mort et la résurrection, où l'on ne revient pas en arrière. Le pluriel « renvoie-moi » (irjiʿūn), adressé à un seul, est celui du désespoir qui ne sait plus à qui il parle — ou de l'homme s'adressant aux anges qui saisissent son âme.

9

La Trompe, les balances, et « pensiez-vous être créés en vain ? » ⭐

Versets 101-118
Plus de liens de parenté ce Jour-là. Celui dont la balance pèse lourd réussit ; celui dont elle est légère se perd. Le Feu brûle les visages. « Notre misère l'a emporté… » — « Restez-y, et ne Me parlez pas. » Ils raillaient les croyants qui disaient : pardonne-nous. Combien êtes-vous restés ? « Un jour, ou moins. » Pensiez-vous avoir été créés en vain ?
EschatologieThaqulat mawāzīnuh · ʿAbathan · Khayru-r-rāḥimīn
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Plus de liens, et les balances (v. 101-104) ⭐

فَإِذَا نُفِخَ فِى ٱلصُّورِ فَلَآ أَنسَابَ بَيۡنَهُمۡ يَوۡمَئِذٍ وَلَا يَتَسَآءَلُونَ ﴿١٠١﴾
فَمَن ثَقُلَتۡ مَوَٰزِينُهُۥ فَأُو۟لَـٰٓئِكَ هُمُ ٱلۡمُفۡلِحُونَ ﴿١٠٢﴾
وَمَنۡ خَفَّتۡ مَوَٰزِينُهُۥ فَأُو۟لَـٰٓئِكَ ٱلَّذِينَ خَسِرُوٓا۟ أَنفُسَهُمۡ فِى جَهَنَّمَ خَـٰلِدُونَ ﴿١٠٣﴾
تَلۡفَحُ وُجُوهَهُمُ ٱلنَّارُ وَهُمۡ فِيهَا كَـٰلِحُونَ ﴿١٠٤﴾

« Quand on soufflera dans la Trompe, il n'y aura plus de liens de parenté entre eux ce Jour-là, et ils ne s'interrogeront plus. » Les solidarités du sang, ultime refuge de l'homme, sont dissoutes. Puis le critère unique (v. 102-103) : « Ceux dont les balances seront lourdes, ceux-là réussissent (humu-l-mufliḥūn) ; ceux dont les balances seront légères, ceux-là ont perdu leur âme — dans la Géhenne, éternellement. » Le mot du v. 1 revient : la réussite proclamée au début est ici pesée. Et le Feu (v. 104) : « Il brûle leurs visages, et ils y sont défigurés (kāliḥūn). »

« Notre misère l'a emporté » (v. 105-108)

أَلَمۡ تَكُنۡ ءَايَـٰتِى تُتۡلَىٰ عَلَيۡكُمۡ فَكُنتُم بِهَا تُكَذِّبُونَ ﴿١٠٥﴾
قَالُوا۟ رَبَّنَا غَلَبَتۡ عَلَيۡنَا شِقۡوَتُنَا وَكُنَّا قَوۡمًا ضَآلِّينَ ﴿١٠٦﴾
رَبَّنَآ أَخۡرِجۡنَا مِنۡهَا فَإِنۡ عُدۡنَا فَإِنَّا ظَـٰلِمُونَ ﴿١٠٧﴾
قَالَ ٱخۡسَـُٔوا۟ فِيهَا وَلَا تُكَلِّمُونِ ﴿١٠٨﴾

« Mes versets ne vous étaient-ils pas récités, et vous les traitiez de mensonges ? » Leur réponse (v. 106) : « Seigneur, notre misère (shiqwatunā) l'a emporté sur nous, et nous étions un peuple égaré. Seigneur, fais-nous sortir d'ici : si nous récidivons, nous serons injustes. » La même demande de retour qu'au v. 99 — et la même fin de non-recevoir, mais cette fois terrible (v. 108) : « Restez-y, et ne Me parlez pas (ikhsaʾū fīhā wa lā tukallimūn). » Le verbe khasaʾa est celui par lequel on chasse un chien. C'est la dernière parole qu'ils entendront d'Allah.

Ceux que vous railliez (v. 109-111) ⭐

إِنَّهُۥ كَانَ فَرِيقٌ مِّنۡ عِبَادِى يَقُولُونَ رَبَّنَآ ءَامَنَّا فَٱغۡفِرۡ لَنَا وَٱرۡحَمۡنَا وَأَنتَ خَيۡرُ ٱلرَّٰحِمِينَ ﴿١٠٩﴾
فَٱتَّخَذۡتُمُوهُمۡ سِخۡرِيًّا حَتَّىٰٓ أَنسَوۡكُمۡ ذِكۡرِى وَكُنتُم مِّنۡهُمۡ تَضۡحَكُونَ ﴿١١٠﴾
إِنِّى جَزَيۡتُهُمُ ٱلۡيَوۡمَ بِمَا صَبَرُوٓا۟ أَنَّهُمۡ هُمُ ٱلۡفَآئِزُونَ ﴿١١١﴾

« Il y avait un groupe de Mes serviteurs qui disaient : Seigneur, nous croyons — pardonne-nous et fais-nous miséricorde, Tu es le meilleur des miséricordieux (khayru-r-rāḥimīn). » Puis (v. 110) : « Mais vous les avez pris en dérision, au point qu'ils vous ont fait oublier Mon rappel — et vous riiez d'eux. » La moquerie n'était pas un péché parmi d'autres : elle est ce qui a fait oublier Allah. Et (v. 111) : « Aujourd'hui, Je les ai récompensés pour leur endurance : ce sont eux les vainqueurs (al-fāʾizūn). » Bilāl, ʿAmmār, Ṣuhayb — ceux dont on riait à La Mecque — sont nommés ici sans être nommés.

Combien êtes-vous restés ? (v. 112-114)

قَـٰلَ كَمۡ لَبِثۡتُمۡ فِى ٱلۡأَرۡضِ عَدَدَ سِنِينَ ﴿١١٢﴾
قَالُوا۟ لَبِثۡنَا يَوۡمًا أَوۡ بَعۡضَ يَوۡمٍ فَسۡـَٔلِ ٱلۡعَآدِّينَ ﴿١١٣﴾
قَـٰلَ إِن لَّبِثۡتُمۡ إِلَّا قَلِيلًاۖ لَّوۡ أَنَّكُمۡ كُنتُمۡ تَعۡلَمُونَ ﴿١١٤﴾

« Il dira : combien d'années êtes-vous restés sur terre ? — Ils diront : nous sommes restés un jour, ou une partie d'un jour ; interroge ceux qui comptent. — Il dira : vous n'êtes restés que peu — si seulement vous saviez ! » Toute une vie, rétrospectivement, tient dans un jour. L'ironie est douloureuse : « interroge ceux qui comptent » — eux-mêmes ne savent plus, ils ont perdu jusqu'à la mesure de leur propre existence. Et Allah confirme : « peu » — c'est pour ce peu qu'ils ont vendu l'éternité.

Pensiez-vous avoir été créés en vain ? (v. 115-117) ⭐

أَفَحَسِبۡتُمۡ أَنَّمَا خَلَقۡنَـٰكُمۡ عَبَثًا وَأَنَّكُمۡ إِلَيۡنَا لَا تُرۡجَعُونَ ﴿١١٥﴾
فَتَعَـٰلَى ٱللَّهُ ٱلۡمَلِكُ ٱلۡحَقُّۖ لَآ إِلَـٰهَ إِلَّا هُوَ رَبُّ ٱلۡعَرۡشِ ٱلۡكَرِيمِ ﴿١١٦﴾
وَمَن يَدۡعُ مَعَ ٱللَّهِ إِلَـٰهًا ءَاخَرَ لَا بُرۡهَـٰنَ لَهُۥ بِهِۦ فَإِنَّمَا حِسَابُهُۥ عِندَ رَبِّهِۦٓۚ إِنَّهُۥ لَا يُفۡلِحُ ٱلۡكَـٰفِرُونَ ﴿١١٧﴾

« Pensiez-vous que Nous vous avions créés en vain (ʿabathan), et que vous ne seriez pas ramenés vers Nous ? » Question qui résume la sourate entière : de la goutte à l'homme (v. 12-14), des cieux à l'eau mesurée (v. 17-18), des messagers en file (v. 44) — tout cela pour rien ? Le ʿabath est le jeu sans but. Puis la réponse (v. 116) : « Exalté soit Allah, le Souverain, le Vrai (al-Maliku-l-Ḥaqq) ! Nulle divinité sauf Lui, le Seigneur du Trône généreux. » Et le dernier verdict sur le falāḥ (v. 117) : « Quiconque invoque avec Allah une autre divinité, sans en avoir aucune preuve, en rendra compte auprès de son Seigneur — les mécréants ne réussissent pas (lā yufliḥu-l-kāfirūn). »

« Seigneur, pardonne et fais miséricorde » (v. 118) ⭐

وَقُل رَّبِّ ٱغۡفِرۡ وَٱرۡحَمۡ وَأَنتَ خَيۡرُ ٱلرَّٰحِمِينَ ﴿١١٨﴾

« Et dis : Seigneur, pardonne et fais miséricorde — Tu es le meilleur des miséricordieux (khayru-r-rāḥimīn). » Dernier verset, et il est un ordre d'invocation adressé au Prophète ﷺ. Mais ces mots, on les a déjà entendus : ce sont exactement ceux des croyants moqués du verset 109 — « pardonne-nous, fais-nous miséricorde, Tu es le meilleur des miséricordieux ». La sourate se referme en mettant dans la bouche du Prophète ﷺ, et de chaque lecteur, la prière même dont les mécréants riaient. Ceux qu'on raillait avaient la bonne formule.

🧠 Grille mnémotechnique — Sourate Al-Muʾminūn

1
Falāḥ ⭐
7 qualités · Firdaws
v. 1-11
2
Création ⭐
Aḥsanu-l-khāliqīn
v. 12-22
3
Nūḥ
Basharun mithlukum
v. 23-30
4
Générations
Hayhāta · Tatrā
v. 31-44
5
Mūsā · ʿĪsā
Ummatan wāḥida
v. 45-56
6
Ceux qui courent ⭐
Qulūbuhum wajila
v. 57-77
7
3 questions
Sayaqūlūna li-llāh
v. 78-92
8
Duʿāʾ ⭐
Rabbi-rjiʿūn · Barzakh
v. 93-100
9
Épilogue ⭐
ʿAbathan · Khayru-r-rāḥimīn
v. 101-118