بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Sourate Al-Ḥijr — Al-Ḥijr

سُورَةُ الحِجۡرِ

99 versets · Mekkoise · Juzʾ 14 · La protection divine du Dhikr

Sourate Al-Ḥijr tire son nom du peuple de Thamūd, qui sculptait ses demeures dans la roche (al-Ḥijr). C'est une sourate de protection divine : Allah préserve le Coran (v. 9), garde le ciel des démons (v. 17), et protège Ses serviteurs sincères contre Iblīs (v. 42). Elle déploie un arc majestueux — de la préservation du Dhikr à la création d'Ādam et au défi d'Iblīs, des hôtes d'Ibrāhīm aux récits de Lūṭ et de Thamūd, jusqu'à l'injonction finale au Prophète ﷺ : « Adore ton Seigneur jusqu'à ce que te vienne la certitude » (v. 99). Le maître-mot en est le qadar : tout descend des trésors d'Allah selon une mesure connue.

1

Prologue — Le Coran protégé

Versets 1-15
Un jour les mécréants regretteront de n'avoir pas été musulmans. Aucune communauté ne devance son terme. « C'est Nous qui avons fait descendre le Rappel, et c'est Nous qui le préservons. » Même une porte ouverte au ciel ne les convaincrait pas.
ʿAqīdaḤifẓ al-Qurʾān

Le souhait des mécréants et le faux espoir (v. 1-3)

الٓرۚ تِلۡكَ ءَايَـٰتُ ٱلۡكِتَـٰبِ وَقُرۡءَانٍ مُّبِينٍ ﴿١﴾
رُّبَمَا يَوَدُّ ٱلَّذِينَ كَفَرُوا۟ لَوۡ كَانُوا۟ مُسۡلِمِينَ ﴿٢﴾
ذَرۡهُمۡ يَأۡكُلُوا۟ وَيَتَمَتَّعُوا۟ وَيُلۡهِهِمُ ٱلۡأَمَلُۖ فَسَوۡفَ يَعۡلَمُونَ ﴿٣﴾

« Alif Lām Rāʾ. Voici les versets du Livre et d'un Coran explicite (mubīn). » Puis une ouverture grave (v. 2) : « Il se pourrait que ceux qui ont mécru souhaitent avoir été musulmans (rubamā yawaddu-lladhīna kafarū law kānū muslimīn). » Ce souhait viendra trop tard — à la mort, au Jugement. En attendant (v. 3) : « Laisse-les manger, jouir, et que le faux espoir (al-amal) les distraie — bientôt ils sauront. » Trois ressorts de l'insouciance : la consommation, le plaisir, l'illusion d'un lendemain garanti.

Aucune communauté ne devance son terme (v. 4-5)

وَمَآ أَهۡلَكۡنَا مِن قَرۡيَةٍ إِلَّا وَلَهَا كِتَابٌ مَّعۡلُومٌ ﴿٤﴾
مَّا تَسۡبِقُ مِنۡ أُمَّةٍ أَجَلَهَا وَمَا يَسۡتَـٔۡخِرُونَ ﴿٥﴾

« Nous n'avons détruit aucune cité sans qu'elle ait eu un décret connu (kitābun maʿlūm) ; aucune communauté ne devance son terme ni ne le retarde. » Loi de l'Histoire : les civilisations ont une échéance fixée que ni l'impatience ni l'orgueil ne déplacent. Le châtiment des moqueurs n'est pas une absence, c'est un rendez-vous daté.

« Ô toi sur qui le Rappel est descendu, tu es fou ! » (v. 6-8)

وَقَالُوا۟ يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِى نُزِّلَ عَلَيۡهِ ٱلذِّكۡرُ إِنَّكَ لَمَجۡنُونٌ ﴿٦﴾
لَّوۡ مَا تَأۡتِينَا بِٱلۡمَلَـٰٓئِكَةِ إِن كُنتَ مِنَ ٱلصَّـٰدِقِينَ ﴿٧﴾
مَا نُنَزِّلُ ٱلۡمَلَـٰٓئِكَةَ إِلَّا بِٱلۡحَقِّ وَمَا كَانُوٓا۟ إِذًا مُّنظَرِينَ ﴿٨﴾

Les Mecquois raillent : « Ô toi sur qui on a fait descendre le Rappel (al-Dhikr), tu es un possédé ! Que ne nous amènes-tu les anges, si tu es véridique ? » Réponse (v. 8) : « Nous ne faisons descendre les anges qu'en toute vérité — et alors il ne leur serait accordé aucun répit. » Réclamer les anges, c'est réclamer le châtiment : leur descente visible signe la fin du sursis, non un spectacle.

La préservation du Dhikr (v. 9) ⭐

إِنَّا نَحۡنُ نَزَّلۡنَا ٱلذِّكۡرَ وَإِنَّا لَهُۥ لَحَـٰفِظُونَ ﴿٩﴾

Verset fondateur : « C'est Nous qui avons fait descendre le Rappel (le Coran), et c'est Nous qui en sommes les Gardiens (innā lahu la-ḥāfiẓūn). » Triple emphase en arabe (innā naḥnu… wa-innā lahu la-ḥāfiẓūn). Ce verset fonde la doctrine de la préservation intégrale du Coran à travers les siècles — par la mémorisation et la transmission — privilège que les Écritures antérieures n'ont pas reçu.

Ainsi le faisons-Nous pénétrer dans les cœurs des criminels (v. 10-13)

وَلَقَدۡ أَرۡسَلۡنَا مِن قَبۡلِكَ فِى شِيَعِ ٱلۡأَوَّلِينَ ﴿١٠﴾
وَمَا يَأۡتِيهِم مِّن رَّسُولٍ إِلَّا كَانُوا۟ بِهِۦ يَسۡتَهۡزِءُونَ ﴿١١﴾
كَذَٰلِكَ نَسۡلُكُهُۥ فِى قُلُوبِ ٱلۡمُجۡرِمِينَ ﴿١٢﴾
لَا يُؤۡمِنُونَ بِهِۦۖ وَقَدۡ خَلَتۡ سُنَّةُ ٱلۡأَوَّلِينَ ﴿١٣﴾

Consolation au Prophète ﷺ par l'Histoire : « Nous avons envoyé des messagers avant toi parmi les anciens partis (shiyaʿ) ; et pas un messager ne leur venait sans qu'ils ne le raillent. » Verset 12-13 : « Ainsi le faisons-Nous pénétrer dans les cœurs des criminels (kadhālika naslukuhu fī qulūbi-l-mujrimīn) : ils n'y croient pas, malgré l'exemple (sunna) passé des anciens. » La moquerie des dénégateurs est un schéma répété, pas une singularité mecquoise.

Même une porte ouverte au ciel (v. 14-15)

وَلَوۡ فَتَحۡنَا عَلَيۡهِم بَابًا مِّنَ ٱلسَّمَآءِ فَظَلُّوا۟ فِيهِ يَعۡرُجُونَ ﴿١٤﴾
لَقَالُوٓا۟ إِنَّمَا سُكِّرَتۡ أَبۡصَـٰرُنَا بَلۡ نَحۡنُ قَوۡمٌ مَّسۡحُورُونَ ﴿١٥﴾

« Même si Nous leur ouvrions une porte du ciel et qu'ils y montaient continûment, ils diraient : Nos regards ont été enivrés (sukkirat abṣārunā) ; nous sommes plutôt des gens ensorcelés ! » L'obstination n'est pas un manque de preuves — c'est un verrou du cœur : devant le miracle le plus éclatant, l'incrédule invente l'illusion plutôt que d'admettre la vérité.

2

Les signes cosmiques — Ciel gardé, terre mesurée

Versets 16-25
Les constellations embellies et gardées des démons. La terre étendue et tout ce qui y pousse en mesure. Les trésors d'Allah descendus en quantité connue. Les vents fécondants. C'est Lui qui fait vivre et mourir.
TawḥīdQadar · Khazāʾin Allāh

Le ciel embelli et gardé (v. 16-18)

وَلَقَدۡ جَعَلۡنَا فِى ٱلسَّمَآءِ بُرُوجًا وَزَيَّنَّـٰهَا لِلنَّـٰظِرِينَ ﴿١٦﴾
وَحَفِظۡنَـٰهَا مِن كُلِّ شَيۡطَـٰنٍ رَّجِيمٍ ﴿١٧﴾
إِلَّا مَنِ ٱسۡتَرَقَ ٱلسَّمۡعَ فَأَتۡبَعَهُۥ شِهَابٌ مُّبِينٌ ﴿١٨﴾

« Nous avons placé dans le ciel des constellations (burūj) et l'avons embelli pour ceux qui regardent ; et Nous l'avons protégé de tout démon banni (shayṭān rajīm), sauf celui qui tente d'écouter furtivement (istaraqa-s-samʿ) — alors un météore éclatant (shihāb mubīn) le poursuit. » La beauté du ciel (zayyannāhā) et sa garde (ḥafiẓnāhā) vont de pair — même thème que la protection du Coran au verset 9.

La terre mesurée et ses subsistances (v. 19-20)

وَٱلۡأَرۡضَ مَدَدۡنَـٰهَا وَأَلۡقَيۡنَا فِيهَا رَوَٰسِىَ وَأَنۢبَتۡنَا فِيهَا مِن كُلِّ شَىۡءٍ مَّوۡزُونٍ ﴿١٩﴾
وَجَعَلۡنَا لَكُمۡ فِيهَا مَعَـٰيِشَ وَمَن لَّسۡتُمۡ لَهُۥ بِرَٰزِقِينَ ﴿٢٠﴾

« La terre, Nous l'avons étendue, y avons jeté des montagnes ancrées (rawāsī), et y avons fait pousser toute chose en proportion (mawzūn). Et Nous y avons placé pour vous des moyens de subsistance, ainsi que pour ceux que vous ne nourrissez pas. » Le mot mawzūn (pesé, équilibré) dit l'ordre exact de la création ; et Allah pourvoit même les créatures dont l'homme n'a pas la charge.

Les trésors et la mesure connue (v. 21)

وَإِن مِّن شَىۡءٍ إِلَّا عِندَنَا خَزَآئِنُهُۥ وَمَا نُنَزِّلُهُۥٓ إِلَّا بِقَدَرٍ مَّعۡلُومٍ ﴿٢١﴾

Verset central de la sourate : « Il n'est rien dont les trésors (khazāʾin) ne soient auprès de Nous, et Nous ne le faisons descendre que selon une mesure connue (qadar maʿlūm). » Tout — la pluie, la subsistance, la vie, le souffle — provient de réserves infinies, distribué en proportion précise. Le maître-mot de la sourate est le qadar : la mesure divine.

Les vents fécondants et l'eau (v. 22)

وَأَرۡسَلۡنَا ٱلرِّيَـٰحَ لَوَٰقِحَ فَأَنزَلۡنَا مِنَ ٱلسَّمَآءِ مَآءً فَأَسۡقَيۡنَـٰكُمُوهُ وَمَآ أَنتُمۡ لَهُۥ بِخَـٰزِنِينَ ﴿٢٢﴾

« Nous avons envoyé les vents fécondants (al-riyāḥa lawāqiḥ), puis fait descendre du ciel une eau dont Nous vous abreuvons — et vous n'en êtes pas les détenteurs des réserves. » Les vents qui portent les pollens et les nuages, l'eau que nul homme ne stocke à la source : autant de signes que la subsistance reste dans la main d'Allah.

C'est Nous qui faisons vivre et mourir (v. 23-25)

وَإِنَّا لَنَحۡنُ نُحۡىِۦ وَنُمِيتُ وَنَحۡنُ ٱلۡوَٰرِثُونَ ﴿٢٣﴾
وَلَقَدۡ عَلِمۡنَا ٱلۡمُسۡتَقۡدِمِينَ مِنكُمۡ وَلَقَدۡ عَلِمۡنَا ٱلۡمُسۡتَـٔۡخِرِينَ ﴿٢٤﴾
وَإِنَّ رَبَّكَ هُوَ يَحۡشُرُهُمۡۚ إِنَّهُۥ حَكِيمٌ عَلِيمٌ ﴿٢٥﴾

« C'est bien Nous qui faisons vivre et mourir, et c'est Nous l'Héritier (al-wārith) de toute chose. » Verset 24 : « Nous connaissons ceux d'entre vous qui avancent et ceux qui s'attardent. » Et (v. 25) : « C'est ton Seigneur qui les rassemblera — Il est Sage, Omniscient. » La maîtrise de la vie, de la mort et de la résurrection clôt le catalogue des signes.

3

La création d'Ādam et le défi d'Iblīs ⭐

Versets 26-44
Ādam d'argile, le jinn de feu. L'insufflation de l'Esprit, la prosternation des anges, le refus d'Iblīs par orgueil. Son bannissement, son sursis, sa menace — mais « sur Mes serviteurs tu n'as aucun pouvoir ». La Géhenne aux sept portes.
ʿAqīdaMin rūḥī · Lā sulṭān

L'argile et le feu (v. 26-27)

وَلَقَدۡ خَلَقۡنَا ٱلۡإِنسَـٰنَ مِن صَلۡصَـٰلٍ مِّنۡ حَمَإٍ مَّسۡنُونٍ ﴿٢٦﴾
وَٱلۡجَآنَّ خَلَقۡنَـٰهُ مِن قَبۡلُ مِن نَّارِ ٱلسَّمُومِ ﴿٢٧﴾

Deux matières, deux natures : « Nous avons créé l'homme d'une argile crissante (ṣalṣāl), tirée d'une boue façonnée (ḥamaʾ masnūn) ; et le djinn, Nous l'avions créé auparavant d'un feu de vent brûlant (nār al-samūm). » De cette différence d'origine naîtra le drame de l'orgueil d'Iblīs.

L'insufflation de l'Esprit, la prosternation (v. 28-31)

وَإِذۡ قَالَ رَبُّكَ لِلۡمَلَـٰٓئِكَةِ إِنِّى خَـٰلِقٌۢ بَشَرًا مِّن صَلۡصَـٰلٍ مِّنۡ حَمَإٍ مَّسۡنُونٍ ﴿٢٨﴾
فَإِذَا سَوَّيۡتُهُۥ وَنَفَخۡتُ فِيهِ مِن رُّوحِى فَقَعُوا۟ لَهُۥ سَـٰجِدِينَ ﴿٢٩﴾
فَسَجَدَ ٱلۡمَلَـٰٓئِكَةُ كُلُّهُمۡ أَجۡمَعُونَ ﴿٣٠﴾
إِلَّآ إِبۡلِيسَ أَبَىٰٓ أَن يَكُونَ مَعَ ٱلسَّـٰجِدِينَ ﴿٣١﴾

Allah annonce aux anges la création d'Ādam, puis (v. 29) : « Quand Je l'aurai harmonieusement façonné et insufflé en lui de Mon Esprit (min rūḥī), tombez prosternés devant lui. » L'expression min rūḥī confère à l'homme une dignité immense — un souffle rapporté à Allah dans l'argile. « Les anges se prosternèrent tous, absolument tous (kulluhum ajmaʿūn), sauf Iblīs, qui refusa d'être avec les prosternés. »

« Pourquoi n'es-tu pas avec les prosternés ? » (v. 32-33)

قَالَ يَـٰٓإِبۡلِيسُ مَا لَكَ أَلَّا تَكُونَ مَعَ ٱلسَّـٰجِدِينَ ﴿٣٢﴾
قَالَ لَمۡ أَكُن لِّأَسۡجُدَ لِبَشَرٍ خَلَقۡتَهُۥ مِن صَلۡصَـٰلٍ مِّنۡ حَمَإٍ مَّسۡنُونٍ ﴿٣٣﴾

« Ô Iblīs, qu'as-tu à n'être pas avec ceux qui se prosternent ? » Sa réponse (v. 33) : « Je ne suis pas de ceux qui se prosternent devant un humain que Tu as créé d'argile crissante, d'une boue façonnée. » Premier péché de l'histoire : le kibr (orgueil) — se mesurer à l'autre par la matière au lieu d'obéir au Créateur.

Le bannissement et le sursis (v. 34-38)

قَالَ فَٱخۡرُجۡ مِنۡهَا فَإِنَّكَ رَجِيمٌ ﴿٣٤﴾
وَإِنَّ عَلَيۡكَ ٱللَّعۡنَةَ إِلَىٰ يَوۡمِ ٱلدِّينِ ﴿٣٥﴾
قَالَ رَبِّ فَأَنظِرۡنِىٓ إِلَىٰ يَوۡمِ يُبۡعَثُونَ ﴿٣٦﴾
قَالَ فَإِنَّكَ مِنَ ٱلۡمُنظَرِينَ ﴿٣٧﴾
إِلَىٰ يَوۡمِ ٱلۡوَقۡتِ ٱلۡمَعۡلُومِ ﴿٣٨﴾

Sentence : « Sors d'ici — te voilà banni (rajīm) ; et sur toi la malédiction jusqu'au Jour de la Rétribution. » Iblīs demande alors un délai (v. 36) : « Accorde-moi un sursis jusqu'au Jour où ils seront ressuscités. » Allah le lui accorde (v. 37-38) « jusqu'au Jour de l'instant connu (al-waqt al-maʿlūm) ». Le sursis du diable est lui-même décrété et borné.

La menace d'Iblīs et l'exception des sincères (v. 39-41)

قَالَ رَبِّ بِمَآ أَغۡوَيۡتَنِى لَأُزَيِّنَنَّ لَهُمۡ فِى ٱلۡأَرۡضِ وَلَأُغۡوِيَنَّهُمۡ أَجۡمَعِينَ ﴿٣٩﴾
إِلَّا عِبَادَكَ مِنۡهُمُ ٱلۡمُخۡلَصِينَ ﴿٤٠﴾
قَالَ هَـٰذَا صِرَٰطٌ عَلَىَّ مُسۡتَقِيمٌ ﴿٤١﴾

« Mon Seigneur, parce que Tu m'as égaré, je leur embellirai [le mal] sur la terre et les égarerai tous — sauf, parmi eux, Tes serviteurs élus et purifiés (al-mukhlaṣīn). » Iblīs lui-même concède son impuissance face aux serviteurs sincères. Allah répond (v. 41) : « Voilà une voie droite qui M'incombe. »

« Sur Mes serviteurs, tu n'as aucun pouvoir » (v. 42) ⭐

إِنَّ عِبَادِى لَيۡسَ لَكَ عَلَيۡهِمۡ سُلۡطَـٰنٌ إِلَّا مَنِ ٱتَّبَعَكَ مِنَ ٱلۡغَاوِينَ ﴿٤٢﴾

Pilier de la ʿaqīda : « Sur Mes serviteurs tu n'auras aucun pouvoir (laysa laka ʿalayhim sulṭān), excepté sur les égarés qui te suivront. » Le Shayṭān n'a aucune autorité contraignante sur les croyants sincères ; sa seule arme est la suggestion (waswasa), et seul le suit qui choisit de le suivre.

La Géhenne aux sept portes (v. 43-44)

وَإِنَّ جَهَنَّمَ لَمَوۡعِدُهُمۡ أَجۡمَعِينَ ﴿٤٣﴾
لَهَا سَبۡعَةُ أَبۡوَٰبٍ لِّكُلِّ بَابٍ مِّنۡهُمۡ جُزۡءٌ مَّقۡسُومٌ ﴿٤٤﴾

« La Géhenne est le rendez-vous de tous ceux-là : elle a sept portes (sabʿatu abwāb), et à chaque porte une part assignée (juzʾun maqsūm). » L'Enfer est ordonné, hiérarchisé selon les degrés de l'égarement — juste avant que ne surgisse, en contraste, le Paradis.

4

Le Paradis — Paix, pureté, éternité

Versets 45-48
Les pieux dans des jardins et des sources. « Entrez-y en paix, en sécurité. » Plus aucune rancœur dans les cœurs : des frères sur des lits face à face, sans fatigue ni expulsion.
EschatologieSalām · Nazʿ al-ghill

Paix et purification des cœurs (v. 45-48)

إِنَّ ٱلۡمُتَّقِينَ فِى جَنَّـٰتٍ وَعُيُونٍ ﴿٤٥﴾
ٱدۡخُلُوهَا بِسَلَـٰمٍ ءَامِنِينَ ﴿٤٦﴾
وَنَزَعۡنَا مَا فِى صُدُورِهِم مِّنۡ غِلٍّ إِخۡوَٰنًا عَلَىٰ سُرُرٍ مُّتَقَـٰبِلِينَ ﴿٤٧﴾
لَا يَمَسُّهُمۡ فِيهَا نَصَبٌ وَمَا هُم مِّنۡهَا بِمُخۡرَجِينَ ﴿٤٨﴾

Quatre traits du Paradis : « Les pieux seront parmi des jardins et des sources : Entrez-y en paix, en sécurité (bi-salāmin āminīn). » Puis (v. 47) : « Nous aurons ôté toute rancœur (ghill) de leurs poitrines : frères (ikhwānan), sur des lits, se faisant face. » Et (v. 48) : « Nulle fatigue (naṣab) ne les y touchera, et ils n'en seront jamais expulsés. » Sécurité, cœurs purifiés, fraternité parfaite face à face, et permanence sans lassitude — l'inverse exact des tensions de ce monde.

5

Al-Ghafūr al-Raḥīm — Le double message ⭐

Versets 49-50
« Informe Mes serviteurs que Je suis le Pardonneur, le Très-Miséricordieux — et que Mon châtiment est le châtiment douloureux. » L'espoir et la crainte en deux versets jumeaux.
ʿAqīdaRajāʾ wa khawf

Espoir et crainte en deux versets (v. 49-50) ⭐

۞ نَبِّئۡ عِبَادِىٓ أَنِّىٓ أَنَا ٱلۡغَفُورُ ٱلرَّحِيمُ ﴿٤٩﴾
وَأَنَّ عَذَابِى هُوَ ٱلۡعَذَابُ ٱلۡأَلِيمُ ﴿٥٠﴾

Deux versets jumeaux qui résument toute la théologie de l'équilibre entre l'espoir (rajāʾ) et la crainte (khawf) : « Informe Mes serviteurs que c'est Moi le Pardonneur, le Très-Miséricordieux (al-Ghafūr al-Raḥīm) ; et que Mon châtiment est le châtiment douloureux (al-ʿadhāb al-alīm). » L'un ne va jamais sans l'autre. Cette charnière suit la description du Paradis et de l'Enfer, et précède les récits des peuples châtiés.

6

Les hôtes d'Ibrāhīm — L'annonce et la mission

Versets 51-60
Les anges visitent Ibrāhīm et lui annoncent un fils savant malgré son grand âge. « Qui désespère de la miséricorde, sinon les égarés ? » Puis ils révèlent leur mission : la destruction du peuple de Lūṭ.
QaṣaṣGhulām ʿalīm · Qunūṭ

La bonne nouvelle (v. 51-53)

وَنَبِّئۡهُمۡ عَن ضَيۡفِ إِبۡرَٰهِيمَ ﴿٥١﴾
إِذۡ دَخَلُوا۟ عَلَيۡهِ فَقَالُوا۟ سَلَـٰمًا قَالَ إِنَّا مِنكُمۡ وَجِلُونَ ﴿٥٢﴾
قَالُوا۟ لَا تَوۡجَلۡ إِنَّا نُبَشِّرُكَ بِغُلَـٰمٍ عَلِيمٍ ﴿٥٣﴾

« Informe-les des hôtes d'Ibrāhīm : quand ils entrèrent chez lui et dirent « Salām », il dit : Nous avons peur de vous (innā minkum wajilūn). » Ils le rassurent (v. 53) : « N'aie pas peur — nous t'annonçons un garçon plein de savoir (ghulām ʿalīm). » Le récit est resserré sur l'échange émotionnel : la frayeur devant l'inconnu, puis l'annonce d'Isḥāq.

Qui désespère de la miséricorde ? (v. 54-56)

قَالَ أَبَشَّرۡتُمُونِى عَلَىٰٓ أَن مَّسَّنِىَ ٱلۡكِبَرُ فَبِمَ تُبَشِّرُونَ ﴿٥٤﴾
قَالُوا۟ بَشَّرۡنَـٰكَ بِٱلۡحَقِّ فَلَا تَكُن مِّنَ ٱلۡقَـٰنِطِينَ ﴿٥٥﴾
قَالَ وَمَن يَقۡنَطُ مِن رَّحۡمَةِ رَبِّهِۦٓ إِلَّا ٱلضَّآلُّونَ ﴿٥٦﴾

Ibrāhīm s'étonne (v. 54) : « Vous m'annoncez cela alors que la vieillesse m'a atteint ? » Les anges insistent : « Nous t'annonçons la vérité — ne sois pas de ceux qui désespèrent. » Et sa réponse, devenue maxime (v. 56) : « Et qui donc désespère de la miséricorde de son Seigneur, sinon les égarés (al-ḍāllūn) ? » Le qunūṭ (désespoir de la raḥma) est un égarement, car il sous-estime la puissance d'Allah.

La mission vers le peuple de Lūṭ (v. 57-60)

قَالَ فَمَا خَطۡبُكُمۡ أَيُّهَا ٱلۡمُرۡسَلُونَ ﴿٥٧﴾
قَالُوٓا۟ إِنَّآ أُرۡسِلۡنَآ إِلَىٰ قَوۡمٍ مُّجۡرِمِينَ ﴿٥٨﴾
إِلَّآ ءَالَ لُوطٍ إِنَّا لَمُنَجُّوهُمۡ أَجۡمَعِينَ ﴿٥٩﴾
إِلَّا ٱمۡرَأَتَهُۥ قَدَّرۡنَآۙ إِنَّهَا لَمِنَ ٱلۡغَـٰبِرِينَ ﴿٦٠﴾

« Quelle est donc votre mission, ô envoyés ? » (v. 57). Réponse : « Nous sommes envoyés vers un peuple de criminels (qawmin mujrimīn) — sauf la famille de Lūṭ, que nous sauverons tous, excepté sa femme : Nous avons décrété qu'elle sera de ceux qui restent (al-ghābirīn). » La double fonction des anges : sauver les croyants, anéantir les obstinés.

7

Le peuple de Lūṭ — La destruction à l'aube

Versets 61-77
Les anges arrivent chez Lūṭ. Le peuple accourt avec de mauvaises intentions ; Lūṭ les implore en vain. Le Cri les saisit au lever du soleil : la ville est retournée et lapidée d'argile. Un signe sur une route encore fréquentée.
QaṣaṣAl-ṣayḥa · Sijjīl

Les hôtes chez Lūṭ (v. 61-66)

فَلَمَّا جَآءَ ءَالَ لُوطٍ ٱلۡمُرۡسَلُونَ ﴿٦١﴾
قَالَ إِنَّكُمۡ قَوۡمٌ مُّنكَرُونَ ﴿٦٢﴾
قَالُوا۟ بَلۡ جِئۡنَـٰكَ بِمَا كَانُوا۟ فِيهِ يَمۡتَرُونَ ﴿٦٣﴾
وَأَتَيۡنَـٰكَ بِٱلۡحَقِّ وَإِنَّا لَصَـٰدِقُونَ ﴿٦٤﴾
فَأَسۡرِ بِأَهۡلِكَ بِقِطۡعٍ مِّنَ ٱلَّيۡلِ وَٱتَّبِعۡ أَدۡبَـٰرَهُمۡ وَلَا يَلۡتَفِتۡ مِنكُمۡ أَحَدٌ وَٱمۡضُوا۟ حَيۡثُ تُؤۡمَرُونَ ﴿٦٥﴾
وَقَضَيۡنَآ إِلَيۡهِ ذَٰلِكَ ٱلۡأَمۡرَ أَنَّ دَابِرَ هَـٰٓؤُلَآءِ مَقۡطُوعٌ مُّصۡبِحِينَ ﴿٦٦﴾

Les envoyés arrivent chez Lūṭ, qui les prend pour des inconnus inquiétants (v. 62). Ils le rassurent (v. 63-66) : « Nous t'apportons ce dont ils doutaient ; nous t'apportons la vérité, et nous sommes véridiques. Pars donc avec ta famille à la fin de la nuit, marche derrière eux, que nul ne se retourne, et allez où l'on vous ordonne. » Le décret est annoncé : « que ces gens-là seront anéantis jusqu'au dernier au matin (musbiḥīn). »

L'assaut du peuple (v. 67-71)

وَجَآءَ أَهۡلُ ٱلۡمَدِينَةِ يَسۡتَبۡشِرُونَ ﴿٦٧﴾
قَالَ إِنَّ هَـٰٓؤُلَآءِ ضَيۡفِى فَلَا تَفۡضَحُونِ ﴿٦٨﴾
وَٱتَّقُوا۟ ٱللَّهَ وَلَا تُخۡزُونِ ﴿٦٩﴾
قَالُوٓا۟ أَوَلَمۡ نَنۡهَكَ عَنِ ٱلۡعَـٰلَمِينَ ﴿٧٠﴾
قَالَ هَـٰٓؤُلَآءِ بَنَاتِىٓ إِن كُنتُمۡ فَـٰعِلِينَ ﴿٧١﴾

« Les habitants de la ville accoururent, tout réjouis (yastabshirūn). » Lūṭ les implore (v. 68-69) : « Ce sont mes hôtes — ne me déshonorez pas ! Craignez Allah et ne m'humiliez pas. » Ils répliquent (v. 70-71) : « Ne t'avions-nous pas interdit [d'accueillir] qui que ce soit ? » — Lūṭ, dans son désarroi, leur oppose la voie licite. La pression de la foule contre l'hôte est à son comble.

Dans leur ivresse — le Cri à l'aube (v. 72-74)

لَعَمۡرُكَ إِنَّهُمۡ لَفِى سَكۡرَتِهِمۡ يَعۡمَهُونَ ﴿٧٢﴾
فَأَخَذَتۡهُمُ ٱلصَّيۡحَةُ مُشۡرِقِينَ ﴿٧٣﴾
فَجَعَلۡنَا عَـٰلِيَهَا سَافِلَهَا وَأَمۡطَرۡنَا عَلَيۡهِمۡ حِجَارَةً مِّن سِجِّيلٍ ﴿٧٤﴾

Serment divin (v. 72) : « Par ta vie ! Dans leur ivresse (sakra) ils erraient aveuglément. » Puis le châtiment (v. 73-74) : « Le Cri (al-ṣayḥa) les saisit au lever du soleil ; Nous renversâmes la cité de fond en comble (ʿāliyahā sāfilahā) et fîmes pleuvoir sur eux des pierres d'argile durcie (sijjīl). » Deux fléaux combinés — le séisme du Cri et la pluie de pierres.

Des signes pour les clairvoyants (v. 75-77)

إِنَّ فِى ذَٰلِكَ لَـَٔايَـٰتٍ لِّلۡمُتَوَسِّمِينَ ﴿٧٥﴾
وَإِنَّهَا لَبِسَبِيلٍ مُّقِيمٍ ﴿٧٦﴾
إِنَّ فِى ذَٰلِكَ لَـَٔايَةً لِّلۡمُؤۡمِنِينَ ﴿٧٧﴾

« Il y a là des signes pour ceux qui savent observer (al-mutawassimīn) » — ceux qui lisent les indices et en tirent la leçon. « Et elle est sur une route permanente (sabīl muqīm) » — les ruines bordaient la voie des caravanes mecquoises vers le Shām. « Il y a là un signe pour les croyants. »

8

Aṣḥāb al-Ayka et les Aṣḥāb al-Ḥijr — Thamūd

Versets 78-84
Les Gens du Bois (Madyan) furent châtiés. Puis les Aṣḥāb al-Ḥijr — Thamūd — qui sculptaient leurs maisons dans la roche en se croyant à l'abri : le Cri les saisit au matin, et tout leur ouvrage ne leur servit à rien.
QaṣaṣAṣḥāb al-Ḥijr · Naḥt al-jibāl

Les Gens du Bois (v. 78-79)

وَإِن كَانَ أَصۡحَـٰبُ ٱلۡأَيۡكَةِ لَظَـٰلِمِينَ ﴿٧٨﴾
فَٱنتَقَمۡنَا مِنۡهُمۡ وَإِنَّهُمَا لَبِإِمَامٍ مُّبِينٍ ﴿٧٩﴾

« Les habitants d'al-Ayka (les Gens du Bois) étaient certes des injustes ; Nous Nous sommes vengés d'eux. Et tous deux [Sodome et al-Ayka] sont sur une voie bien visible (imāmin mubīn). » Le peuple de Shuʿayb, voisin de Madyan, rejoint la litanie des cités châtiées dont les vestiges jalonnent les routes.

Les sculpteurs de roche — Thamūd (v. 80-84)

وَلَقَدۡ كَذَّبَ أَصۡحَـٰبُ ٱلۡحِجۡرِ ٱلۡمُرۡسَلِينَ ﴿٨٠﴾
وَءَاتَيۡنَـٰهُمۡ ءَايَـٰتِنَا فَكَانُوا۟ عَنۡهَا مُعۡرِضِينَ ﴿٨١﴾
وَكَانُوا۟ يَنۡحِتُونَ مِنَ ٱلۡجِبَالِ بُيُوتًا ءَامِنِينَ ﴿٨٢﴾
فَأَخَذَتۡهُمُ ٱلصَّيۡحَةُ مُصۡبِحِينَ ﴿٨٣﴾
فَمَآ أَغۡنَىٰ عَنۡهُم مَّا كَانُوا۟ يَكۡسِبُونَ ﴿٨٤﴾

Le verset qui donne son nom à la sourate : « Les Aṣḥāb al-Ḥijr ont traité les messagers de menteurs ; Nous leur avons apporté Nos signes, mais ils s'en détournaient. Ils taillaient des maisons dans les montagnes, en sécurité (āminīn). » Mais (v. 83-84) : « Le Cri les saisit au matin (muṣbiḥīn), et tout ce qu'ils avaient acquis ne leur servit à rien. » Thamūd, installé dans les montagnes sculptées du nord-ouest de l'Arabie (Madāʾin Ṣāliḥ), dont les façades subsistent aujourd'hui.

9

Épilogue — Les sept redoublées et l'adoration jusqu'au Yaqīn ⭐

Versets 85-99
Pardonne d'un beau pardon. « Nous t'avons donné les sept redoublées et le Coran immense. » Ne convoite pas les biens des mécréants, abaisse ton aile aux croyants. Proclame, et adore ton Seigneur jusqu'à ce que te vienne la certitude.
AkhlāqSabʿ al-mathānī · Ḥattā yaʾtiyaka-l-yaqīn

Le beau pardon (v. 85-86)

وَمَا خَلَقۡنَا ٱلسَّمَـٰوَٰتِ وَٱلۡأَرۡضَ وَمَا بَيۡنَهُمَآ إِلَّا بِٱلۡحَقِّۗ وَإِنَّ ٱلسَّاعَةَ لَـَٔاتِيَةٌۖ فَٱصۡفَحِ ٱلصَّفۡحَ ٱلۡجَمِيلَ ﴿٨٥﴾
إِنَّ رَبَّكَ هُوَ ٱلۡخَلَّـٰقُ ٱلۡعَلِيمُ ﴿٨٦﴾

« Nous n'avons créé les cieux, la terre et ce qui est entre eux qu'en toute vérité (bi-l-ḥaqq) ; et l'Heure viendra certainement : pardonne donc d'un beau pardon (faṣfaḥi-ṣ-ṣafḥa-l-jamīl). » Le ṣafḥ jamīl est le pardon sans reproche, sans rancune ni rappel du tort — le plus haut degré du pardon. Verset 86 : « Ton Seigneur est le Créateur suprême, l'Omniscient. »

Les sept redoublées et le Coran immense (v. 87)

وَلَقَدۡ ءَاتَيۡنَـٰكَ سَبۡعًا مِّنَ ٱلۡمَثَانِى وَٱلۡقُرۡءَانَ ٱلۡعَظِيمَ ﴿٨٧﴾

« Nous t'avons donné sept [versets] des redoublées (sabʿan mina-l-mathānī) et le Coran immense (al-Qurʾān al-ʿaẓīm). » Selon l'avis majoritaire, les sabʿ mathānī désignent sourate Al-Fātiḥa — sept versets répétés dans chaque rakʿa. Cadeau plus précieux que toute richesse terrestre, d'où l'enchaînement immédiat du verset suivant.

Ne pas convoiter, abaisser l'aile (v. 88-91)

لَا تَمُدَّنَّ عَيۡنَيۡكَ إِلَىٰ مَا مَتَّعۡنَا بِهِۦٓ أَزۡوَٰجًا مِّنۡهُمۡ وَلَا تَحۡزَنۡ عَلَيۡهِمۡ وَٱخۡفِضۡ جَنَاحَكَ لِلۡمُؤۡمِنِينَ ﴿٨٨﴾
وَقُلۡ إِنِّىٓ أَنَا ٱلنَّذِيرُ ٱلۡمُبِينُ ﴿٨٩﴾
كَمَآ أَنزَلۡنَا عَلَى ٱلۡمُقۡتَسِمِينَ ﴿٩٠﴾
ٱلَّذِينَ جَعَلُوا۟ ٱلۡقُرۡءَانَ عِضِينَ ﴿٩١﴾

« Ne tends pas tes regards vers les jouissances éphémères que Nous avons accordées à certains d'entre eux, ne t'afflige pas à leur sujet, et abaisse ton aile (ikhfiḍ janāḥaka) pour les croyants. » Image de tendresse et d'humilité — l'oiseau qui abrite ses petits sous son aile. Verset 89 : « Dis : Je suis l'avertisseur explicite. » Et l'avertissement vise (v. 90-91) « ceux qui ont morcelé [l'Écriture] » et « réduit le Coran en fragments » qu'ils acceptent ou rejettent à leur gré.

Tous seront interrogés (v. 92-93)

فَوَرَبِّكَ لَنَسۡـَٔلَنَّهُمۡ أَجۡمَعِينَ ﴿٩٢﴾
عَمَّا كَانُوا۟ يَعۡمَلُونَ ﴿٩٣﴾

« Par ton Seigneur ! Nous les interrogerons tous (la-nasʾalannahum ajmaʿīn) sur ce qu'ils faisaient. » Serment solennel : nul n'échappe au compte. La reddition des actes est universelle et certaine.

Proclame et détourne-toi (v. 94-96)

فَٱصۡدَعۡ بِمَا تُؤۡمَرُ وَأَعۡرِضۡ عَنِ ٱلۡمُشۡرِكِينَ ﴿٩٤﴾
إِنَّا كَفَيۡنَـٰكَ ٱلۡمُسۡتَهۡزِءِينَ ﴿٩٥﴾
ٱلَّذِينَ يَجۡعَلُونَ مَعَ ٱللَّهِ إِلَـٰهًا ءَاخَرَۚ فَسَوۡفَ يَعۡلَمُونَ ﴿٩٦﴾

« Proclame ouvertement ce qui t'est ordonné (faṣdaʿ bimā tuʾmar) et détourne-toi des associateurs. » Le verbe ṣadaʿa signifie fendre, trancher — proclamer avec force et clarté, sans compromis. « Nous te suffisons contre les moqueurs (al-mustahziʾīn) » (v. 95), ceux qui placent une autre divinité à côté d'Allah — « bientôt ils sauront. »

Adore jusqu'à la certitude (v. 97-99) ⭐

وَلَقَدۡ نَعۡلَمُ أَنَّكَ يَضِيقُ صَدۡرُكَ بِمَا يَقُولُونَ ﴿٩٧﴾
فَسَبِّحۡ بِحَمۡدِ رَبِّكَ وَكُن مِّنَ ٱلسَّـٰجِدِينَ ﴿٩٨﴾
وَٱعۡبُدۡ رَبَّكَ حَتَّىٰ يَأۡتِيَكَ ٱلۡيَقِينُ ﴿٩٩﴾

Le sceau de la sourate (v. 97-99) : « Nous savons bien que ta poitrine se serre de ce qu'ils disent. Glorifie alors ton Seigneur par la louange (fa-sabbiḥ bi-ḥamdi rabbik), sois de ceux qui se prosternent, et adore ton Seigneur jusqu'à ce que te vienne la certitude (wa-ʿbud rabbaka ḥattā yaʾtiyaka-l-yaqīn). » Le remède à l'angoisse de la mission : le tasbīḥ, la sajda, l'adoration constante. Le yaqīn ici, par consensus, désigne la mort : l'adoration n'a pas de date d'expiration — elle dure toute la vie.

🧠 Grille mnémotechnique — Sourate Al-Ḥijr

1
Prologue
Dhikr préservé ⭐
v. 1-15
2
Signes cosmiques
Trésors d'Allah
v. 16-25
3
Ādam & Iblīs ⭐
Mukhlaṣīn
v. 26-44
4
Paradis
Paix & pureté
v. 45-48
5
Ghafūr / ʿAdhāb ⭐
Double message
v. 49-50
6
Hôtes d'Ibrāhīm
Annonce
v. 51-60
7
Peuple de Lūṭ
Destruction
v. 61-77
8
Aṣḥāb al-Ḥijr
Thamūd
v. 78-84
9
Épilogue ⭐
ʿIbāda → Yaqīn
v. 85-99